Ateliers d'étude du Shôbôgenzô avec Yoko Orimo

12 février 2016

Yuibutsu-yobutsu (22 février, 14 mars, 4 et 18 avril) : présentation, versions disponibles en japonais, français, anglais.

« Seul un éveillé avec un éveillé » [Yuibutsu-yobutsu 都機]   est le quatrième texte étudié en 2015-2016dans le cadre de l'atelier du Shôbôgenzô, du fait d'une inversion entre 4ème et 5ème texte par rapport au programme initial.

 

Yuibutsu-yobutsu [唯仏與仏]  

 

Ateliers animés par Yoko Orimo traductrice du Shôbôgenzô

à l'Institut d'Études Bouddhiques

en collaboration avec le Dojo Zen de Paris (DZP),

 (4 séances) : lundis 22 février, 14 mars, 4  et 18 avril 2016 de 19 h à 21 h,

au CIDEB, 29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris

Yuibutsu-yobutsu est le n° 5 des 5 textes supplémentaires

 

 

I – Présentations du texte :

 

1) Présentation du texte par Yoko Orimo pour les ateliers.

« Seul un éveillé avec un éveillé » 唯仏與仏 [Yuibutsu-yobutsu]  dans son ensemble est rédigé en hiragana (l’alphabet japonais), et la beauté du style n'a d'égale que sa profondeur contemplative. Le titre provient d’une célébrissime formule du « Sūtra du Lotus », chapitre II : « Les expédients salvifiques » : « Seul un éveillé avec un éveillé peut pénétrer à fond l'aspect réel de la multitude des entités. » Le commentaire de Dōgen suit pas à pas le mouvement de cette formule, prenant pour toile de fond le cliché de la poésie extrême-orientale, les subtiles évocations des fleurs, des oiseaux, du vent et de la lune qui reviennent constamment pour décrire la vie de l’homme telle quelle, les existants de l’univers tels quels.

 

2) Présentation du livre par Encre Marine.

Dans ce livre, Dogen, maître zen japonais du XIIIe siècle, s'entretient avec ses disciples. Il leur dit d'abord : Seul Bouddha connaît Bouddha : combustion totale. En d'autres termes, seule la Vérité connaît la Vérité : harmonie parfaite. Quand la Vérité est connue, se produit cet évènement bouleversant appelé éveil. L'éveil est toujours et déjà là. Cette re-connaissance a lieu en ce monde, "l'univers entier" et avec lui. Il n'est autre que notre "corps" véritable.
Il leur dit ensuite que naissance et mort, "vie-mort", sont non seulement les évènements extrêmes de notre traversée, mais aussi le dynamisme même de notre "corps", l’univers. Samsara est nirvana. Laissons le monde s’accomplir et accomplissons-nous avec lui.

 

II – Versions disponibles en japonais, en français et en anglais

 

1) En japonais :

Une version japonaise de Yuibutsu-yobutsu 都機 se trouve ici sous forme de fichiers téléchargeables :

Une version japonaise se trouve aussi dans le livre de Eido Shimano et Charles Vacher (voir au 2°)

 

2) En français :

  • Yuibutsu-yobutsu 唯仏與佛 « Seul un éveillé avec un éveillé » est dans la Traduction intégrale du Shôbôgenzô, La Vraie Loi, Trésor de l'œil de Yoko Orimo dans le tome 1 (Ed. Sully).
  • Yuibutsu-yobutsu 唯仏與佛 « Seul bouddha connaît bouddha » est dans la traduction de Eido Shimano et Charles Vacher en français et anglais, avec le texte en japonais,  paru en 1999 aux éditions Encre Marine.

 

3) En anglais :

 

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15 décembre 2015

Exposé de Barbâtre du 30/11/2015 : Le non-dualisme chez Cézanne, Morandi et De Staël. La recherche de Barbâtre

Barbâtre est peintre. Il participe aux ateliers animés par Yoko Orimo sur le Shôbôgenzô de maître Dôgen, ateliers organisés par l'Institut d'Études Bouddhiques à Paris. Comme le lui avait demandé Y. Orimo, le 30 novembre 2015, à la fin de la dernière séance sur le texte Tsuki, il a fait un exposé sur le non-dualisme en peinture, comme écho au texte de Dôgen. Il a dû condenser ce qu'il avait préparé car il ne restait que 15 minutes au lieu des 30 mn prévues à l'origine. Vous trouverez aussi d'autres exposés de Barbâtre qui complètent celui-ci[1] : tag peintures du blog.

Dans cette transcription de l'exposé du 30 novembre, j'ai modifié un peu le texte pour remplacer les gestes de Barbâtre montrant telle ou telle partie d'une des reproductions affichées sur le tableau blanc de la salle de cours.

Comme il est impossible de mettre toutes les photos sur le blog à cause des droits d'auteur éventuels, sauf exceptions, je n'ai mis que des photos du tableau blanc sur lequel ont été mises les reproductions à l'aide de petits aimants. Dans les notes vous trouvez les adresses de sites où voir, en mieux, la plupart des peintures.

                                                                                       Christiane Marmèche

 

 

Le non-dualisme chez Cézanne, Morandi et De Staël

La recherche de Barbâtre

 

Tsuki, La lune ou la réflexion, par Barbâtre

Ce dont je vais vous parler est en lien avec une phrase qui se trouve en introduction du texte Tsuki de Dôgen à propos de la lune se reflétant dans l'eau : « la lune n'est pas mouillée, l'eau n'est pas brisée »[2]. La dimension poétique de cette phrase m'a tellement frappé que j'ai fait tout un travail là-dessus pendant plus d'un an. C'est aussi l'aboutissement de beaucoup de choses dont je n'ai pas le temps de vous parler.

J'ai fait une exposition en Ardèche en mai et juin dernier. Elle s'appelait Tsuki.

Voici la reproduction du tableau qui était sur l'affiche de l'exposition, tableau intitulé Tsuki[3] : c'est un gobelet de Coca-Cola sur un toit avec la lune se reflétant dans le gobelet.

Avant de vous commenter cette peinture je vais vous montrer comment j'en suis arrivé là.

D'où ça vient ? Pour répondre je suis obligé de faire un retour en arrière en repartant de la révolution cézannienne. Il y a eu en effet une véritable révolution puisqu'on est sorti de l'impressionnisme et que Cézanne a inventé un nouvel espace.

 

 

I – La révolution cézannienne

 

1) Peindre une nature morte dans un espace non-dualiste.

Voici une reproduction d'un tableau de Cézanne ; c'est une nature morte avec panier de fruits (la table de cuisine) 1888-1890 (huile sur toile, 65 x 81 cm, Musée d’Orsay, à Paris) [4].

Cézanne, la table de cuisine, 188-90

Qu'est-ce qui se passe dans ce tableau ? C'est classiquement une nature morte avec un panier de fruits posé sur une table, selon un biais [Barbâtre part du bord inférieur gauche puis remonte].

Mais si je continue le bord inférieur de la table en partant de la gauche, à droite du linge j'arrive à un décalage sur la droite, les bords de la table ne se rejoignent pas : c'est donc faux !

Si je vais progressivement vers ce qui se trouve à droite de la peinture, je tombe sur le pied d'un chevalet à l'extrémité de l'atelier. Le problème en effet c'est de casser la perspective de façon à revenir à une verticalité où vont se passer les opérations du non-dualisme qu'on va voir par la suite. Autrement dit, cet espace-là n'est pas un espace imaginaire puisqu'il y a ce pied d'un chevalet.

Mais, dans ce tableau,  une nouveauté apparaît au niveau de la chaise : le pied qui est en avant semble reposer sur le linge qui se trouve au sommet du panier. Ce qui est surprenant c'est que Cézanne n'a pas peint ce pied en volume, il l'a évidé. On quitte le principe d'un système d'éclairage : s'il avait peint le pied en volume, celui-ci aurait été au même plan que le linge éclairé qui lui est proche, et ça n'aurait pas pu marcher. Du fait qu'il l'a évidé, il n'y a plus d'éclairage possible, mais en même temps le pied de la chaise est sur le même plan que là [Barbâtre trace une verticale vers le bas à partir du pied de la chaise].

Donc on a une sorte de tentative pour situer les choses dans un espace vertical non-dualiste, mais en même temps les choses sont à leur place. Ça repose sur un pied de chaise, entre autres, et ça repose d'abord sur la démarche de la verticalité…

Ce que je dis là est très schématique parce que Cézanne, c'est beaucoup plus compliqué que cela, car Cézanne c'est quoi ? C'est une expérimentation continuelle. Quand on regarde le catalogue de tous ses tableaux, dans chaque tableau il s'essaie à autre chose, il va ailleurs…

 

2) Peindre un volume sans éclairage.

Voici une autre aquarelle de Cézanne, c'est une Nature morte avec grenades, carafe, sucrier, bouteille et pastèque 1900-1906 (31.5 x 43 cm, Paris, musée d'Orsay, conservé au musée du Louvre) [5], c'est l'autre aspect de son travail qui correspond à sa recherche : comment peindre un volume sans éclairage ?

Sur la gauche on a une table qui remonte verticalement, et sur la table, des fruits, une carafe, une bouteille. Dans ce tableau le travail de Cézanne a été considérable : ce n'est plus modeler mais moduler, c'est-à-dire que Cézanne module les couleurs pour donner corps à la chose.         

Et pour les pommes, il emploie un double trait : un pour l'extérieur et un pour l'intérieur. C'est une des inventions de la peinture chinoise. On se demande d'ailleurs si Cézanne a connu la peinture chinoise. Il a sûrement connu la peinture japonaise puisqu'on était en plein japonisme, mais pour la peinture chinoise ?

Cézanne 2     

Cézanne 2 détail

 

3) Réinventer la profondeur.

Cézanne 3

Je passe un dernier Cézanne, Ferme à Montgeroult 1898 (huile sur toile 64x52 cm)[6] qui est un paysage magnifique, car il est en train de trouver la profondeur dans un espace non-dualiste. En effet, au premier plan vous avez un mur sur le côté gauche, et de ce mur vous voyez le reste. Sur le bord gauche presque tout est vide sauf la pierre du haut qui est bien accentuée. Toute la route qui se trouve en contrebas est remontée verticalement, en particulier la partie qui est sur la gauche au-dessus de l'ombre, mais c'est complètement faux, elle devrait être horizontale. Et ainsi de suite. Il y a là une inversion des valeurs qui demanderait un autre développement.

Il y a une accentuation de l'axe vertical qui se trouve à droite du ciel, si bien que, si je retourne le tableau [Barbâtre le retourne], je vais voir que la partie de ciel a plus d'importance que ce qui est au premier plan (en bas dans le tableau vu dans le bon sens). C'est comme si le mur avait été coupé au couteau pour donner la place à cette dimension du ciel, toujours pour revenir à ce plan vertical. [Barbâtre remet le tableau dans le bon sens]

Et en même temps Cézanne fait un vrai tableau réaliste. Là il est en train de réinventer ce que c'est que la profondeur, il ne peint plus selon la perspective traditionnelle.

*        *

*

Qu'est-ce que cette révolution cézannienne donne chez ceux qui viennent après lui, ceux qui ont "vraiment" vu ses peintures ?

La révolution cézannienne a eu lieu en 1907, lors de la grande rétrospective du Salon d'automne à Paris un an après sa mort. Ça a été une bombe, c'est-à-dire que tous les peintres, y compris Picasso et Braque, se sont trouvés devant quelque chose qu'ils n'avaient jamais vu et surtout qu'ils ne comprenaient pas, à tel point que Braque et Picasso qui travaillaient ensemble à ce moment-là, ont inventé le cubisme à partir d'une phrase de Cézanne mal interprétée : « Tout dans la nature se modèle sur la sphère, le cône et le cylindre » ! À ce propos il y a une anecdote que j'aime beaucoup. Braque qui était sportif, a pris sa bécane et est descendu jusqu'à l'Estaque pour voir les paysages peints par Cézanne. Il les a trouvés et il en a fait des peintures pour essayer de comprendre.

 

II – Morandi et De Staël

 

1) Giorgio Morandi.

Dans ceux qui ont suivi Cézanne et qui sont intéressants pour notre histoire d'un espace non-dualiste, il y a Morandi (1890-1964). À l'âge de 20 ans il a été bouleversé en regardant les peintures de Cézanne. Toute sa vie il a cherché à travailler avec cet espace non-dualiste. Tout simplement il a choisi de poser des objets sur une table pour voir ce qui se passait.

 

a) Premier exemple de nature morte : verticalité et horizontalité.

 Voici un premier tableau de nature morte[7] : il y a une table sur laquelle sont posés une cruche, des petits pots, etc. Le problème c'est l'espace de la table : Morandi sait qu'il faut verticaliser le plan de la table pour arriver à l'espace non-dualiste. Mais comme il est traditionnel et totalement honnête, il éclaire les objets à partir de la gauche, l'ombre est donc portée sur la table, à droite. En conséquence la partie de la table qui est à gauche paraît verticale et celle qui est à droite est horizontale avec les ombres portées. En le matérialisant il a l'honnêteté de voir que c'est bancale.

Il a essayé une multitude de solutions : il y a 1300 tableaux et 1000 solutions ! Il répète parfois jusqu'à 12 fois le même tableau, et à chaque fois c'est différent.

Morandi 1, 2 et 3En bas à gauche le 1er exemple, en haut à gauche le 2ème exemple, à droite le 3ème exemple

 

b) Deuxième exemple de nature morte (1949) : sans ombre.  

Voici une autre nature morte de 1949 (huile sur toile 30x50 cm)[8] où il essaie une autre solution. Pour ne pas avoir l'ombre portée de la lumière il met les objets tout au bord de la table, et c'est là où on a le mur. Voyez jusqu'où ça peut aller !

 

c) Troisième exemple de nature morte (1957) : quatre en un !  

Voici une nature morte de 1957 (huile sur toile, 36,5x46,5 cm)[9] où la partie gauche est encore un peu verticale mais commence à se fondre. Pour ce faire il a inventé une technique précise : il peint à l'huile avec de l'essence donc c'est très délayé, c'est comme un lavis, et il n'y a pratiquement pas de matière.

Dans ses expérimentations continuelles on voit sur ce tableau qu'il arrive à une chose tout à fait imprévue. Il y a quatre objets posés sur la table, les uns derrière les autres, à de vraies distances. Mais par un système de valeurs, le col du vase qui est en premier plan coïncide avec l'ouverture du broc qui est juste derrière, l'ouverture du broc coïncide avec la collerette du vase suivant etc. Autrement dit, tout fait bloc et pourtant chacun est à sa place : un objet et pourtant ils sont quatre !

 

Morandi 4

d) La question à se poser devant une peinture de Morandi.

Quand on se trouve devant un tableau de Morandi, il est essentiel de poser la question : Où se réalise le non-dualisme ? Ce n'est jamais donné au premier regard. Il faut s'interroger, au risque de ne rien trouver, mais la question demeure.

Voici une autre nature morte[10] [sur une table deux rangées de trois objets (carafes, pots circulaires ou rectangles)], mais je ne m'attarde pas trop là-dessus.

 

e) Nature morte faite à la fin de sa vie (1963).

Ce qui est touchant c'est qu'à la fin de sa vie il y a un moment où il a une telle volonté de fusion qu'il en arrive à dissoudre les objets, et dans cette nature morte de 1963 (huile sur toile 40x45 cm, collection privée)[11], il n'y a plus de profondeur véritablement. Dès qu'il y a un vouloir, la sanction est immédiate.

En effet, tout ce qui est découvert l'est par hasard à force de regarder les choses, d'être honnête, c'est-à-dire que Morandi essaie de peindre ce qu'il voit vraiment au moment où il peint, et cela dépend de l'état de son esprit.

Morandi 5

 

f) Paysage (1963)

Mais à un moment donné il "veut", et ça redevient plat, il n'y a plus de profondeur.

Voici un paysage de 1963 (huile sur toile, 40x45 cm)[12] fait sur nature où tous les éléments sont sur un même plan. On est dans une sorte de fusion-confusion : ici vous avez une maison, un groupe de maisons, des champs, des arbres et tout est sur le même plan.

Morandi 6 seul

 

2) Nicolas de Staël.

Je passe maintenant à quelqu'un qui vient après Morandi et qui a lui aussi été obnubilé par Cézanne. C'est Nicolas de Staël (1914-1955).

 

a) Bouteilles 1952

Voici un tableau avec des bouteilles, Bouteilles 1952 (huile sur toile, 92x73 cm, collection privée)[13] peint quasiment à la truelle, en épaisseur. C'estun tableau qui a été exposé à Beaubourg lors de sa grande rétrospective.

Les deux bouteilles de gauche surgissent du fond, il les a littéralement arrachées du fond. Dans le fond on distingue la silhouette d'une énorme bouteille, et c'est de cette bouteille du fond que De Staël fait advenir les deux bouteilles de gauche. La bouteille du milieu et celle qui est à sa droite sont deux bouteilles sombres qui s'intègrent parfaitement à la couleur du fond et puis, à droite, cette bouteille blanche se distingue de l'ensemble.

 

De Staël 1 et 2

À gauche "Paysage rouge" et à droite "Bouteilles"

 

b) Paysage rouge, 1954.

Voici Paysage rouge de 1954 (Huile sur toile 73 x 100 cm)[14], un autre tableau où De Staël sort de l'abstraction : il y a des formes géométriques, mais, quand on regarde, ce sont des objets : l'objet jaune a une face à droite et en-dessous, il marche avec celui qui est à sa droite, l'objet de droite marche avec le fond… etc.

 

c) Un exemple de sans appui (1955). 

Voilà un autre tableau : Bouteilles grises 1955 (huile sur toile 89x116 cm). À ma connaissance c'est la première peinture qu'on voit en Occident où les objets sont sans appui, c'est-à-dire que les choses adviennent.

De Staël 3

La limite de cette extraordinaire peinture, c'est qu'il n'y a pas de définition de l'objet, ce ne sont que des silhouettes. C'est déjà bien que ça advienne, même si ce n'est pas encore défini.

 

c) Le piano, 1955.

Chez De Staël la définition n'a pas pu advenir. Cependant, voici un tableau intitulé Le piano[15] (huile sur toile, 160x220cm, collection particulière) qu'il a peint quelques jours avant sa mort. Il était allé à un concert du domaine musical à Paris, et il s'est suicidé huit jours après, c'est pourquoi on sait à quel moment ce tableau a été peint. C'est un tableau inachevé : le fond est uniforme parce qu'il n'a pas le temps. Mais, malgré tout, le fauteuil ne flotte pas, la contrebasse est bien posée, on devine l'esquisse d'un violon posé sur le piano.

De Staël 4

Ce que j'aime dans ce tableau, c'est le fond. Du fait qu'il est uniforme, il est très difficile à réussir, puisqu'un fond, quand il est vivant, n'est pas uniforme, il advient par les objets. Or il a posé sur la droite un tableau qui est cloué au mur, c'est-à-dire que le fond participe d'un mur.

Donc il peint des objets, le mur et le fond, ce qui est un tour de force peu banal.

*        *        *

Beaucoup de peintres ont tourné autour de Cézanne, mais je n'en connais que trois (Morandi, Giacometti[16] et De Staël) qui ont vraiment vécu la leçon de Cézanne, leçon qui reste toujours aussi énigmatique.

 

Tsuki de Barbâtre

 

Je reviens maintenant au tableau "Tsuki" que je vous ai montré au début.

Il est l'aboutissement de tout un travail de recherche sur les natures mortes où je mettais des objets comme des gobelets, des boites. Mais les objets étaient toujours à l'intérieur d'une pièce, et, à un moment donné, j'ai voulu qu'ils soient autant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Donc j'ai fait des tableaux où un astre apparaissait parmi les objets de la nature morte : il y avait quelque chose de l'extérieur qui advenait comme objet. Et puis, à un moment donné, il s'est trouvé que ce cercle parfait était posé au-dessus d'un gobelet. C'était par hasard, à la suite de la mise en place des objets.

C'est à ce moment-là que j'ai lu le texte Tsuki de maître Dôgen : la lune se reflète dans l'eau, la lune et l'eau sont intimement mariées mais la lune n'est pas mouillée et l'eau n'est pas brisée. Ça reste pour moi une énigme totale, et cette énigme je la garde, je ne cherche pas trop à la comprendre.

C'est donc aussi le moment où, dans mes tableaux, puisque j'avais un cercle au-dessus du gobelet – celui de l'astre –, j'ai mis de l'eau dans le gobelet – c'était même du Coca-Cola, quelque chose donc de très contemporain –, et j'ai peint un reflet.

Cependant ce tableau n'était pas l'illustration de la phrase de Dôgen. C'est un jour, en ayant un tableau de ce format-là punaisé au mur, que, le regardant, je me suis dit : « Mais j'y suis ! »

Ici dans Tsuki où on n'a pas une perspective traditionnelle mais plutôt une perspective byzantine, on voit que l'arrière-plan du bord le plus éloigné du gobelet vient en avant par rapport à ce qui se trouve en dessous dans la peinture : ce qui est en avant dans la réalité vient en fait en arrière quand on regarde le tableau.  Bien entendu, tout est faux : c'est dans la fausseté ou dans le mensonge que se trouve la voie du vrai, dans une certaine mesure évidemment.

Je suis dans un espace non-duel : ce qui devrait être en avant est en arrière et vice et versa, et cependant tout est à sa place ! À mon insu, dans une toute petite mesure, il y a une approche du non-dualisme dans cette peinture.

*        *

*

Ce que je vous ai dit est très schématique par manque de temps. Il y aurait beaucoup à dire sur Cézanne et sur ces peintres. Je ne vous ai montré que quelques tableaux, il faudrait en regarder des dizaines pour arriver à vivre dans cet espace de la non-dualité.

 



[1] Barbâtre y parlait déjà de l'espace non-dualiste, du sans appui, et nous montrait des tableaux de Morandi, Giacometti sans parler du tableau des "Six kakis" de Mu Qi et de l'exposition "Le Japon au fil des saisons". Par ailleurs, il y a six mois Barbâtre a fait en Ardèche une exposition intitulée "Tsuki" qui a donné lieu à deux vidéos dont j'ai fait la transcription (cf Tsuki, La lune ou la réflexion : exposition de Barbâtre, 3 mai au 7 juin 2015).

[2] « Aussi immense que soit la distance qui sépare l'eau et la lune, leur écho est parfait et immédiat, où que ce soit, quelle que soit l'étendue de l'eau qui accueille la lune. Leur intimité est sans faille. Qui saurait dissocier l'eau de la lune, et la lune de l'eau ? Tout en étant indissociablement liées, ni l'une ni l'autre n'exerce aucune prise sur son autre. Chacune reste parfaitement libre et autonome à l'égard de son autre : “La lune n'est pas mouillée, l'eau n'est pas brisée.” Tel est le rapport qui unit les formes au méta-espace. » (Extrait de l'introduction faite par Yoko Orimo pour le texte Tsuki de maître Dôgen dans le tome 3 de la Traduction intégrale du Shôbôgenzô). Voir Tsuki, La lune ou la réflexion : exposition de Barbâtre, 3 mai au 7 juin 2015

[3] Tsuki, pastel sur papier, 33x25 cm, collection privée.

[4] Visible sur http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/catalogue-des-oeuvres/notice.html?nnumid=1313   (cliquer sur l'image pour l'agrandir) et aussi sur http://acasoir.blogspot.fr/2015/04/23-cours-du-mercredi-22-avril-2015.html.

[7] Je n'ai pas trouvé cette peinture sur internet, mais elle ressemble à Nature morte, 1959 (huile sur toile, 25x30,5cm) visible sur Bergamo, Accademia Carrara, Galleria d’Arte Moderna e Contemporanea (http://www.artelabonline.com/articoli/view_article.php?id=3718 ).

[9] On la trouve en partie sur le catalogue qu'on fait dérouler de Pinacoteca Nazionale di Siena (Collezione Cesare Brandi) http://www.panorama.it/cultura/arte-idee/giorgio-morandi-vittoriano-roma/#gallery-0=slide-3

[12] Sur internet on trouve un paysage du même genre : huile sur toile 36x40,6 cm (http://www.farsettiarte.it/it/asta-0156-2/giorgio-morandi-paesaggio-2.asp )

[14] Je n'ai pas trouvé ce tableau sur internet ni rien d'approchant.

[15] Ce tableau est visible entre autres sur http://francoisquinqua.skynetblogs.be/de-stael/ .

 

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12 décembre 2015

LISTE classée DES MESSAGES PARUS avant le 12 décembre 2015

 

SHÔBÔGENZÔ

Les 92 fascicules du Shôbôgenzô Références des textes du Shôbôgenzô dans les livres de Y OrimoPrésentation du Shôbôgenzô  – Vie de Dôgen ; le Shôbôgenzô : histoire, transmission, titre...

DÔGEN

Le voyage intérieur de DôgenVie de Dôgen ; le Shôbôgenzô : histoire, transmission, titre...

 

 

TEXTES DU SHÔBÔGENZÔ ÉTUDIÉS (ordre alphabétique)

Listes des textes du Shôbôgenzô étudiés ou à venir (avec les liens), et livres de Y Orimo correspondant

 

Pour chaque texte figure le livre du Shôbôgenzô (I, II ou III) et le numéro, puis la date, le titre en français et le tome de la traduction intégrale de Yoko Orimo où il est traduit.

1) Textes présentés avec compte-rendu des séances

2) Textes simplement présentés

3) Textes étudiés en 2015-2016 :

 

KANJI

Qu'est-ce qu'un kanji ?Apprendre les kanjiVie et mort, La Gendronnière MAI 2005Kanji étudiés en octobre-novembre 2012Dictionnaires de kanji

INITIATION AU JAPONAIS

 1er cours d'initiation au japonais : La langue japonaise. 14/10/2013  – 2ème cours d'initiation à la langue japonaise 28/10/2013 – 3ème cours d'initiation à la langue japonaise ; Tableaux récapitulatifs4ème cours d'initiation à la langue japonaise5ème cours de langue japonaise (13/01/2014). Lectures on et kun et conséquence pour les sûtras6ème cours d'initiation à la langue japonaise. Origine des kanas. Les 4 étapes de lecture du Hannya Shingyô

Terminologie du bouddhisme sino-japonais à partir du 19/10/2015:

Lundi 19 octobre, 1ère atelier sur les termes du bouddhisme sino-japonais à partir de Sandôkai 参同契  .

VIDÉOS AVEC YOKO ORIMO

Vidéos avec Yoko OrimoFilm en DVD "Une fleur éclôt, le monde se lève"

INTERVIEW DE YOKO ORIMO

Temps éternité impermanenceLe voyage intérieur de DôgenPrésentation du Shôbôgenzô

THÈMES

ÊTRE MOINE

D'où vient le mot moine ?Un moine zen en FranceTransmission ; moines dans le zenPréceptes des moines et laïcs zenStructuration des monastères zenLes "moines zen" aujourd'hui au Japon

POEMES

Poèmes-variations sur le verset trituré dans TenbôrinFilm en DVD "Une fleur éclôt, le monde se lève" –

PEINTURES

ARTS ZEN

 

 

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04 décembre 2015

Listes des textes du Shôbôgenzô étudiés ou à venir (avec les liens), et livres de Y Orimo correspondant

 

Textes du Shôbôgenzô étudiés

 mis par ordre alphabétique

et livres de Y. Orimo où ils sont introduits, traduits, annotés ou simplement commentés

(à la fin figurent les textes qui seront étudiés en 2015-2016)

 

Tous les textes du Shôbôgenzô sont introduits par Yoko Orimo dans Le Shôbôgenzô de Maître Dôgen, Ed. Sully 2003, réédité en 2014. Cela complète ce qui est mis dans les sept tomes de la traduction intégrale Shôbôgenzô, La Vraie Loi, Trésor de l'œil (le 8ème tome qui contiendra des textes complémentaires est en préparation). Il y a également une sélection de textes dans le petit livre de la collection Points-sagesse. (plus d'informations dans Bibliographie de Y Orimo - Les 92 fascicules du Shôbôgenzô Références des textes du Shôbôgenzô dans les livres de Y Orimo –)

  La traduction de Y Orimo elle-même évolue au cours de ses publications car elle tient compte des discussions qu'elle peut avoir ici ou là, par exemple à ces ateliers. Elle prépare une traduction définitive du Shôbôgenzô pour 2019 où tous les textes seront regroupés en un seul volume.

Pour chaque texte figure l'édition du Shôbôgenzô (I = Ancienne édition, II = Nouvelle édition, ou III = Textes complémentaires) et le numéro dans cette édition, puis la date, le titre en français et l'un des sept tomes de la traduction intégrale de Yoko Orimo où il est traduit (éventuelement dans le petit livre de la collection Points-sagesse.

 

I – Textes travaillés en ateliers avec compte-rendu des séances

 

Bendôwa  III 1. 辨道話 1231.  Entretiens sur la Voie, Tome 6  : Bendôwa traduction  – Compte-rendu BENDÔWA 1ère séance du 21/10/2013Compte-rendu Bendôwa, 2ème séance du 04/11/2013Compte-rendu Bendôwa 3ème séance du 18/11/2013Compte-rendu Bendôwa 4ème séance du 02/12/2013étudié en novembre-décembre 2013.

Genjôkôan I, 1, 現成公案 Le kôan qui se réalise comme présence , 1233. Tome 3 + Point-sagesse : Genjôkôan traductionGenjôkôan guide de travailGenjôkôan en japonais et quatrainC R : Intro Genjôkôan_ 20/10/2012C R : Quatrain du Genjôkôan. 20/10/12 et 17/11/12Six traductions du quatrain du GenjôkôanC R : Paragr. 5 à 10 du Genjôkôan. 17/11/2012C R : Fin du Genjôkôan_24/11/2012 – étudié en novembre 2012.

Hatsuu, 71, 鉢盂.  1245. Le bol à aumônes, Tome 6 : Hatsu.u traductionHatsu.u Guide de travailHatsu.u en japonaisCompte-rendu : Hatsu.u-début_02/02/2013Compte-rendu : Hatsu.u-fin de l'étude_16/02/2013 – étudié en février 2013.

Raihai tokuzui, I, 28, 禮拜得髓1240. Obtenir la moelle en vénérant, Tome 5 : Maître Dôgen et la femme. Conférence de Yoko Orimo le 6 août 2013.

Sansuikyô, I, 29, 山水經1240. Montagnes et rivières comme sûtra, Tome 1 : Sansuikyô en japonais  – Compte-rendu Sansuikyô 1ère séance du 16/12/2013  – Compte-rendu Sansuikyô 2ème séance du 06/01/2014Compte-rendu Sansuikyô, 3ème séance du 20/01/2014étudié en décembre-février 2013-2014 (il manque la transcription de la 4ème séance).

Shukke, 75, 出家 Quitter la maison pour se faire moine, 1246. Tome 7 Shukke TraductionShukke Guide de travailShukke en japonaisCompte-rendu Shukke 1ère séance 09/03/2013Compte-rendu Shukke 2ème séance 23/03/2013 – étudié en mars 2013.

Tenbôrin, I, 67, 轉法輪 1244. La rotation de la roue de la Loi, Tome 4 + Tome général : Tenbôrin traductionTenbôrin Guide de travailTenbôrin en japonaisCompte-rendu : Tenbôrin-début_03/12/2012Compte-rendu : Tenbôrin-fin_poèmes_6 kakis_17/12/2012 – étudié en décembre 2012

Udonge, I, 64, 優曇華1244. La fleur d’Udumbara, Tome 1 : Udonge traductionUdonge Guide de travailUdonge en japonaisCompte-rendu : Udonge 1ère partie_07/01/2013Compte-rendu : Udonge_2ème partie_21/01/2013 – étudié en janvier 2013.

Zazengi, I, 11, 坐禪儀 1243. La manière de la méditation assise, Tome 6 + Point-sagesse : Zazengi traductionZazengi guide de travailZazengi en japonaisCompte-Rendu : Zazengi_ 6/10/2012C R : fin Zazengi, intro Shôbôgenzô_20/10/2012 – étudié en Octobre 2012.

Zazenshin, I, 12, 坐禪箴 1242. Maximes de la méditation assise, Tome 1 : Zazenshin traductionZazenshin guide de travail ; Zazenshin japonaisCompte-rendu Zazenshin 1ère séance 08/04/2013Compte-rendu Zazenshin 2è séance 22/04/2013Extraits des Entretiens de Mazu : l'éveil de Mazu  – Compte-rendu Zazenshin 3è séance du 13/05/2013Compte-rendu Zazenshin 4è séance du 27/05/2013  – étudié en avril-mai 2013.

 

II – Anciens textes travaillés en ateliers qui sont simplement présentés sur le blog

 

Bodaisatta shishôbô,III 2. 菩提薩埵四摂法 1243 Les quatre attributs pratiques de l´être d´Éveil, Tome 6 :  Bodaisatta-shishôbô (étudié le 08/12) : présentation, versions disponibles, comparaisons de traductions  –  Bodaisatta-shishôbô : guide de travail  – Bodaisatta shishôhô en japonais  ; étudié en décembre 2014.

Busso, I, 52 , 佛祖 Les patriarches del’Éveillé, 1241. Tome 6 : BUSSO (Les éveillés et les patriarches) en japonais ; listes d'éveillés et de patriarches ; étudié en mai 2014.

Butsudô, I, 44 , 佛道1243. La Voie de l'Éveillé, Tome 4 : Butsudô (ateliers du 11 mai, 1er et 15 juin) : présentation, versions disponibles en japonais, français, anglais. ; Butsudô 仏道 « La Voie de l’Eveillé » Guide de travail  – Butsudô 仏道 (La Voie de l’Éveillé) en japonaisétudié en mai-juin 2015.

Gabyô, I, 24, 畫餅1242. Une galette en tableau, Tome 4 + Point-sagesse Gabyô (Une galette en tableau) en japonais  ; étudié en mai-juin 2014.

Hotsu mujôshin, I, 63, 發菩提心 1244. Déploiement du cœur sans au-delà, Tome 1 : Hotsu-mujôshin (ateliers 5 et 19 janvier et 2 février) : présentation, versions disponibles  – Hotsu-mujôshin, Déploiement du cœur sans au-delà : guide de travail  – Hotsu-mujôshin en japonais. étudié en janvier-février 2015.

Keisei sanshoku, I, 25, 谿聲山色1240. La voix des vallées, les formes-couleurs des montagnes, Tome 1 : Keisei-sanshoku. La voix des vallées, les formes-couleurs des montagnes : ateliers sur ce texte, version japonaise et autres – Guide de travail 2014-2015 : préliminaire et questions sur Keisei-sanshoku (Voix des vallées, formes-couleurs des montagnes)  –  Keisei Sanshoku en japonais ; étudié en octobre-novembre 2014.

Menjû, I, 51, 面授1243. La transmission face à face, Tome 7 :  Menjû (ateliers des 23 février, 9 et 23 mars) : présentation, versions disponibles en japonais, français, anglais  –  Menjû (Transmission face à face) : guide de travail  –  Menjû (La Transmission face à face) en japonais. étudié en février-mars 2015.

Shinfukatoku, I, 8, 心不可得 1241. Le cœur n'est pas à saisir, Tome 5 : Shin-fukatoku (atelier du 20 avril 2015) : présentation, versions disponibles en japonais, français, anglais  – Shin-fukatoku (Le cœur n’est pas à saisir) guide de travail  – Shin-fukatoku 心不可得 en japonais. étudié en avril 2015.

Shisho, I, 39, 嗣書 1241. Arbres généalogiques  Tome 7 : Shisho (Actes généalogiques) en japonais, et photo d'un acte généalogique. ; étudié en février-mars 2014.

 

III – Textes étudiés en 2015-2016 

 

 

 

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01 décembre 2015

Uji (le temps qu'il y a) en japonais

 

Uji va être étudié avec Yoko Orimo dans l'atelier à l'Institut d'Etudes Bouddhiques, les lundis 14 Décembre 2015, 11 et 25 janvier, 8 février 2016. Pour avoir les informations voir le message : Uji (4 séances déc 2015 - fév 2016) : présentation, versions disponibles en japonais, français, anglais.

 

 

 

 

Uji 有時 Le temps qu'il y a

 

 

 

Yoko Orimo a traduit Uji en français dans le tome 3 de la Traduction intégrale du Shôbôgenzô (La Vraie Loi, Trésor de l'œil)  (Ed. Sully). 

 

Ce texte est le n° 20 de l'Ancienne Édition du Shôbôgenzô.

 

Voici le texte japonais à peu près présenté en paragraphes comme dans le livre de Y. Orimo, ceci pour faciliter la recherche :

 

 

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30 novembre 2015

Huit traductions françaises du début de Uji (Etre-temps ou Le temps qu'il-y-a) comparées

Nous allons étudier le célèbre texte Uji de maître Dôgen en atelier avec Yoko Orimo à partir du 14 décembre 2015. Sur le blog du Shôbôgenzô (www.shobogenzo.eu ) j'ai déjà indiqué les traductions disponibles, dans celui-ci je partage le travail de comparaison que j'ai fait sur le texte en mettant d'abord les tableaux de la citation de l'ancien Buddha.

La lecture des tableaux est plus agréable sur les fichiers pdf ou docx.

                                                                                                                  Christiane Marmèche

 

 

Voici les références des huit traductions :

  1. Uji « Le temps qu’il-y-a »,  Traduction et notes de Yoko Orimo, dans le Tome 3 de la Traduction intégrale du Shôbôgenzô (La Vraie Loi, Trésor de l'œil) (Ed. Sully 2007) p.185-186.
  2. Uji L'Etre-temps dans Les fleurs du Bouddha : Anthologie du Bouddhisme de Pierre Crépon éd Albin Michel coll. spiritualités vivantes 1991 ;
  3. Uji  « Etre-temps/beeing time », Traduction de Eido Shimano et Charles Vacher en français et anglais, avec le texte en japonais, édition Encre Marine, 1997. p. 41-47
  4. Yûji « Le temps-qu'il-y-a » dans Shôbôgenzô, Traduction et notes de  Ryôji Nakamura et René de Ceccati, éd la différence 1980.
  5.  « Etre-temps » dans Polir la lune et labourer les nuages de Jacques Brosse, éd Albin Michel coll. spiritualités vivantes 1998. p.  152-153
  6. Uji « Etre-temps » par le Centre Zen Soto de Reims http://zensotoreims.fr/uji/ ; (Remarque : le texte de Dôgen est occidentalisé : les 12 heures du jour de Dôgen deviennent 24 heures…. Et il n'y a aucune note).
  7. Uji, l’être-temps selon Dogen, Traduction et commentaires de Luc Boussard sur : http://deuxversants.com/?page_id=310.
  8. Uji| Le temps est survenance. Projet Epure: Sōtō Zen Association - [SUISSE]. ESBN 64339-070719-560524-35, Mis en ligne le [24/01/ 2009], consulté le 15/09/2012. Actuellement le texte n'est plus en ligne.

 

Début du texte japonais : Uji 有時

古仏言《古仏言(のたま)はく》
有時高々峰頂立《有時は高々峰頂立なり》、
有時深々海底行《有時は深々海底行なり》、
有時三頭八臂《有時は三頭八臂なり》、
有時丈六八尺《有時は丈六八尺なり》、
有時拄杖払子《有時は拄杖払子なり》、
有時露柱燈籠《有時は露柱燈籠なり》、
有時張三李四《有時は張三李四なり》、
有時大地虚空《有時は大地虚空なり》。

いはゆる有時は、時すでにこれ有なり、有はみな時なり。丈六金人時なり、時なるがゆゑに時の荘厳光明あり。いまの十二時に習学すべし。三頭八臂これ時なり。時なるがゆゑにいまの十二時に一如なるべし。十二時の長遠短促、いまだ度量せずといへども、これを十二時といふ。去来の方跡あきらかなるによりて、人これを疑著せず、疑著せざれども、しれるにあらず。衆生もとよりしらざる毎物毎事を疑著すること一定せざるがゆゑに、疑著する前程、かならずしも、いまの疑著に符合することなし。ただ疑著しばらく時なるのみなり。
われを排列しおきて尽界とせり、この尽界の頭々物々を、時々なりと覰見すべし。物々の相礙せざるは、時々の相礙せざるがごとし。このゆゑに同時発心あり、同心発時なり。および修行成道もかくのごとし。われを排列して、われこれをみるなり。自己の時なる道理、それかくのごとし。

 

La citation de l'ancien Buddha 

 

Les notes étant très nombreuses chez plusieurs, seules quelques-unes figurent entre crochet.

L'ancien Buddha est identifié en général à Yakusan Igen (751-834)

Rq 1 : Pour 3 têtes et 8 bras, presque tous parlent d'un ashura ou de Ashura

Rq 2 : Pour "de 6 ou 8 shaku" (8 ou 16 pieds) presque tous parlent de la statue de Bouddha debout ou assis

Rq 3 : Aru toki (有る時ゃ) peut signifier «tantôt », «parfois », «par moments  » ou « pour le moment». On retrouve les mêmes kanjis dans le mot Uji (有時). Certains traduisent comme s'il y avait les deux…

 

Shôbôgenzô Tome 3    Yoko Orimo

Les fleurs du Bouddha      Pierre Crépon

Un ancien l'Éveillé dit :

Le temps qu'il-y-a se dresse sur les hautes cimes ;

Le temps qu'il y a s'enfonce dans les tréfonds de la mer.

Le temps qu'il-y-a a 3 têtes et 8 bras.

Le temps qu'il-y-a est d'un jô de 6 shaku ou 8 shaku.

Le temps qu'il-y-a est la canne (des moines) et le chasse-mouches (du maître).

Le temps qu'il-y-a est colonnes nues et lanternes.

Le temps qu'il-y-a a est le 3ème fils de Chô et le 4ème fils de Li.

Le temps qu'il-y-a et la vaste terre et le méta-espace.

Un ancien Bouddha a dit un jour :

L'être-temps se tient au sommet de la plus haute montagne.

L'être-temps se repose au fond du plus profond océan.

L'être-temps est la forme des démons et des Bouddhas.

L'être-temps a 3 têtes et 8 bras [image du bodhisattva Kanzeon].

L'être-temps est un bâton de pèlerin ou un hossu [chasse-mouches].

L'être-temps est une colonne ou une lanterne de pierre.

L'être-temps est Itaro ou Jiro [Pierre ou Paul].

L'être-temps est le ciel. L'être-temps est la terre. »

 

Uji         E. Shimano et C. Vacher

Shôbôgenzô      R. Nakamura et R. de Ceccati

Paroles d'un bouddha de jadis :

Par moments se dressant sur le sommet du plus élevé des pics. Être-temps.

Par moments marchant au plus profond des océans. Être-temps.

Par moments, à 3 têtes et 8 coudes. Être-temps.

Par moments, de 16 ou 8 pieds de haut. Être-temps.

Par moments, un bâton de moine, un chasse-mouches. Être-temps.

Par moments, un pilier, une lanterne de pierre. Être-temps.

Par moments M. Chang ou M. Li [M. tout le monde]. Être-temps.

Par moments la terre entière et les vastes cieux. Être-temps.

Un ancien bouddha dit :

le temps qu'il-y-a se dresse sur les hautes cimes ;

le temps qu'il-y-a s'enfonce dans les mers profondes ;

le temps qu'il y a, 3 têtes, 8 bras;

le temps qu'il-y-a, un 6 shaku 8 shaku

le temps qu'il-y-a, shûjaku, hossu [canne, balai];

le temps qu'il-y-a, pilier, lampe ;

le temps qu'il-y-a, Zhang et Li [prénoms fréquents];

le temps qu'il-y-a, la terre, le ciel vide.

 

Polir la lune   Jacques Brosse

Uji         Centre soto zen de Reims

Un ancien bouddha a dit :

Tantôt [cela] se tient sur la cime du plus haut des pics.

Tantôt [cela] se déplace tout au fond du plus profond des océans.

Tantôt [cela] a 3 têtes et 8 bras.

Tantôt [cela] a 8 ou 16 pieds de haut.

Tantôt [c'est] un shuyô ou un hossu [bâton de moine, chasse-mouches].

Tantôt [c'est] un pilier ou une lanterne.

Tantôt [c'est] Taro ou Jiro [prénoms très répandus].

Tantôt [c'est] la terre ou le ciel.

Un Bouddha éternel dit :

Tantôt émergeant au sommet de la plus haute montagne,

Tantôt nageant au fond de l’océan le plus profond.

Tantôt doté de 3 têtes et de 8 bras,

Tantôt paré d’un corps doré de 6 ou 3 mètres.

Tantôt un bâton ou un chasse-mouches,

Tantôt un pilier ou une lanterne.

Tantôt le 3ème fils de Chang ou le 4ème fils de Lee,

Tantôt la Terre et l’espace.

 

Uji        Luc Boussard

Uji      Centre zen de Suisse     

Un ancien Bouddha a dit:

Être-temps parfois se dresse sur la plus haute montagne

Être-temps parfois marche au plus profond de l’océan

Être-temps parfois est la forme de l’ashura

Être-temps parfois est le Bouddha debout ou assis

Être-temps parfois est un bâton de pèlerin ou un chasse-mouches

Être-temps parfois est un pilier ou une lanterne

Être-temps parfois est untel ou untel

Être-temps parfois est la terre immense et le vaste ciel

Un ancien Bouddha disait :

De temps à autre, gravir les pics les plus élevés,

De temps en temps, marcher dans les profondeurs des océans.

Parfois 3 têtes et 8 bras,

Parfois 16 ou 8 pieds de haut.

Quelquefois un bâton de moine ou un chasse-mouche.

Quelquefois un pilier ou une lanterne de pierre.

Par moments, le 3ème fils de Chang ou le 4ème fils de Lee

Par moments, la terre et le ciel.

 

Suite de la comparaison des 8 traductions du début de Uji en 2 tableaux 

La mise en page a été faite pour pouvoir faire des comparaisons, aussi les paragraphes ne sont pas ceux des livres

Quelques notes figurent en fin de tableau

Shôbôgenzô Tome 3

Yoko Orimo

Les fleurs du Bouddha

Pierre Crépon

Uji

E. Shimano et C. Vacher

Shôbôgenzô

Nakamura et de Ceccati

Ce qui est appelé le temps qu'il-y-a veut dire que le temps est déjà l'il-y-a et que tous les il-y-a sont le temps. Le corps d'or de l'Éveillé d'un de six shaku n'est autre que le temps, et puisqu'il est le temps, il revêt la splendeur et la claire Lumière du temps.

Étudiez auprès des douze heures de maintenant8. (Ashura) à trois têtes et huit bras n'est autre que le temps. Puisqu'il est le temps, il doit être tout à fait comme les douze heures de maintenant.

Bien que personne n'ait jamais mesuré ni l'extension ni la contraction de ces douze heures, on les appelle douze heures. Puisque la trace et la direction de leur passer et venir sont claires, on n'en doute pas, mais n'en pas douter, cela ne veut pas dire qu'on les connaisse.

 

 

 

 

Puisque, par nature, la manière par laquelle les êtres doutent de chaque chose et de chaque événement qu'ils ignorent n'est pas la même, l'itinéraire précédant ce doute ne correspond pas toujours au doute de maintenant. Seulement, le doute n'est le temps que provisoirement.

Il faut voir que cet univers entier se présente comme tel du moment que je m'y place moi-même et que chaque tête, chaque chose de cet univers entier est le temps.

Si les choses ne s'entravent pas les unes les autres, c'est comme si les temps ne s'entravaient pas les uns les autres.

C'est pourquoi il y a les cœurs de l'Éveil qui se déploient en même temps ; ce sont les temps qui se déploient dans le même Cœur de l'Éveil. Il en va de même pour la pratique et la réalisation de la Voie.

C'est en m'y plaçant moi-même que je les vois. Tel est le principe de la voie selon lequel le soi est le temps.

L'être-temps signifie que le temps est existence et que toute existence est temps.

Un corps en or de seize pieds, une statue de Bouddha est le temps.

Le temps est la nature radieuse de chaque instant. Il est le temps momentané de chaque jour dans le présent.

En temps que temps, l'être-temps ne fait qu'un avec les douze heures du présent.

Bien que nous n'ayons pas calculé par nous-mêmes la longueur d'un jour, que nous ne l'ayons pas défini comme long ou court, distant ou présent, nous ne doutons pas qu'il soit fait de douze heures.

Que le temps soit changement, perpétuel mouvement, nous paraît évident ; cependant, bien que nous n'ayons aucun doute là-dessus, cela ne signifie pas que nous comprenions véritablement ce qu'est le temps.

Lorsque quelqu'un a un doute sur quelque chose qu'il ne comprend pas complètement, cela reste doute jusqu'à ce qu'il l'ait résolu. Ainsi le doute lui-même est changeant. Les doutes passés ne coïncident pas nécessairement avec les doutes présents. Ainsi le doute lui-même n'est rien d'autre que le temps.

Toutes choses existent en nous-mêmes. Chaque chose, chaque être, dans l'univers entier, est le temps.

Aucun objet ne gêne un autre objet, pas plus qu'un moment ne gêne un autre moment.

Par conséquent, la résolution d'atteindre l'Éveil suprême apparaît en un temps qui est unique, commun à l'univers entier, et il se manifeste en un temps unique, également. Si nous avons la résolution d'atteindre l'Éveil suprême, le monde entier sera vu comme possédant cette résolution en même temps que nous. Ici, il n'y a pas de différence entre le temps et l'esprit. Il en est de même pour la pratique et l'atteinte de la Voie.

Par être temps, il [le bouddha de jadis] veut dire que le temps est toujours déjà être, que tout ce qui est est temps. Le corps vermeil de bouddha de seize pieds de haut est temps. Et parce qu'il est temps, il brille de l'éclatante lumière du temps. Vous devez étudier le maintenant des douze temps3.

Trois têtes et huit coudes sont temps. Parce qu'ils sont temps, ils ne font qu'un avec le maintenant des douze temps.

Bien que nul n'ait jamais pu mesurer les dimensions des douze temps, nous les appelons "douze temps". La trace de leur passage est si nette que personne ne le conteste. Que personne ne le conteste ne signifie pas que quiconque le comprenne.

 

 

 

 

 

Les êtres humains depuis toujours ont spontanément mis en doute les multiples choses qu'ils ne connaissaient pas. Donc, la mise en doute de maintenant ne coïncide pas nécessairement avec les mises en doute ultérieures. Mettre en doute n’est rien d’autre que temps.

Nous nous plaçons tous en ordre de succession et nous considérons cela comme l’univers entier. Nous devons regarder chaque individu et chaque chose de l’univers comme un [seul] temps.

Les choses ne se font pas obstacle entre elles ; de même, le temps ne fait pas obstacle au temps.

C’est ainsi que le temps suscite l’esprit, que l’esprit suscite le temps, simultanément. Il en est de même pour pratique et éveil4.

Nous tous sommes en ordre de succession et nous le voyons.

C’est là notre vérité comme temps.

Ce qu'on appelle Yûji : le temps est déjà il-y-a ; tout il-y-a est temps. Le corps doré de un six shaku est le temps.

C'est parce qu'il s'agit du temps qu'il y a la rigueur et la splendeur du temps : étudiez donc les douze heures5 du maintenant.

Ashura1 est le temps, c'est parce qu'il s'agit du temps, que Ashura est pareil aux douze heures.

Bien qu'on n'ait pas encore mesuré la longueur et la distance des douze heures, on les appelle douze heures. Parce que la direction et la trace6 de ce qui se passe et ce qui arrive sont claires, les hommes n'en doutent pas7, mais n'en pas douter ce n'est pas le savoir.

 

 

 

Puisque le commun ne doute pas constamment de chaque chose, de chaque fait qu'il ignore, ce qui précède le doute n'est pas forcément pareil au doute de maintenant. Le doute n'est le temps que provisoirement.

Il faut comprendre que disposer8 le moi produit le monde-jusqu'au-bout9 et que les choses, prises une à une, de ce monde-jusqu'au-bout sont, chacune, le temps.

Que les choses ne s'agrippent10 pas, c'est comme le fait que les temps ne s'agrippent pas.

 

C'est pourquoi dans un même temps, les cœurs éclatent11, dans un même cœur, les temps éclatent. De plus, il en est de même pour l'exercice et pour l'achèvement de la voie.

Une fois le moi disposé, le moi voit cela. Voilà le principe selon lequel le soi est le temps.

Notes

2. Note antérieure pour "un jô de six shaku ou huit shaku" : évocation de Ashura (skr. asura), une divinité d'origine indienne, dotée d'un esprit guerrier. Le bouddhisme lui attribue un caractère de Titan rival des dieux et équivoque avec des traits bons et d'autres mauvais. Ashura est classé parmi les six voies d'existence et les huit catégories des êtres faisant l'objet de conversion par la prédication de l'Éveillé.

8. Les douze heures désignent la totalité d'une journée (de 0 h à minuit) divisé en 12 parties par les 12 animaux du zodiaque chinois.

 

Notes.

3. Douze temps. À l'époque où vivait Dôgen, le jour était divisé en 12 temps ou heures, portant chacun le nom d'un animal.

4. Dans le zen de Dôgen, les phénomènes ne se font pas obstacle entre eux. Il n'y a pas d'intervalle de temps, il y a simultanéité, c'est-à-dire unité, entre pratique et éveil (shugyô jôdô).

 

Notes

1. (Note antérieure sur Ashura) Trois têtes, huit bras : représentation du démon Ashura… Ce sont des démons combatifs… Ils mettent en doute la parole du Bouddha.

5. Les 12 heures : une journée en totalité (de 0 h à minuit).

6. La direction et la trace : hô-seki. : orientation, lieu éloigné ; seki : pas, trace.

7. Douter : gi-chaku. Gi : soupçon, incertitude ; chaku : faire apparaître.

8. Disposer : hai-retsu. Hai : ordonner ; retsu : rang, série. Il ne s'agit nullement de mettre le "moi" à sa place. Hairetsu fait penser à l'acte de ranger des chaises. Ce n'est pas qu'il y ait d'abord l'acte de disposer le moi, puis, comme une con-séquence, la production du monde. Le moi est déjà dispo-sé par moi et cet entrelacs du moi fait qu'il s'agit du monde-jusqu'au-bout.

9. Monde jusqu'au bout : jin-kai. Jin : épuiser, faire tout ce qu'on peut. Kai : domaine, monde, monde dans son intégrité, dans son infinité.

10. S'agripper, sô-ge. Sô : face-à-face, mutuel. Ge : faire obstacle, retenir.

11. Les cœurs éclatent : hossin. Il s'agit d'avoir la volonté de quitter la maison (shukke : renoncer aux valeurs quotidiennes sociales, en comprenant leur inconstance et, par conséquent, se faire moine).

 

Deuxième tableau

Polir la lune

Jacques Brosse

Uji

Centre soto zen de Reims

Uji

Luc Boussard

Centre zen de Suisse

Sur internet

« Tantôt8 » signifie que le temps est par lui-même existence et que toutes les existences sont du temps.

Un corps en or de seize pieds9 est temps ; parce qu'il implique le temps, l'Éveil rayonnant la mystérieuse lumière (Komyô) qui irradie de lui, est lui-même temps10.

Étudiez cela comme s'il s'agissait des douze heures11 du jour présent.

« Trois têtes et huit bras » sont temps ; parce que cela est inséparable du temps, des douze heures du jour présent12.

Bien que vous ne mesuriez pas les heures du jour en termes de long et de court13, de proche ou de lointain, vous les appelez quand même les douze heures. Puisque les signes du temps qui vient et qui va (korai) sont évidents, les gens n'éprouvent pas de doute à ce sujet. Mais s'ils ne conçoivent pas de doute, ils ne comprennent pas pour autant.

Or, quand les êtres sensibles doutent de ce qu'ils ne comprennent pas, leur doute n'est pas fermement établi. En conséquence, le doute du passé ne coïncide pas nécessairement avec le doute du présent.

Le doute lui-même n'est qu'un aspect du temps.

La manière dont le soi (ware) se déploie (hairetsu) est la forme du monde entier. Voyez chaque chose, chaque événement du monde comme une particularité du temps, un moment, une certaine durée.

Aucune chose ne s'oppose à un autre, il en va de même des instants. L'esprit qui cherche la Voie surgit en tel instant. L'instant qui cherche la Voie s'élève dans l'esprit.

Ainsi en va-t-il avec pratiquer et atteindre la Voie.

Le moi en s'extériorisant se déploie dans l'espace-temps. En se déployant, il se voit lui-même. Ainsi comprend-t-on que le moi est temps.

Dans ce terme « tantôt », le Temps est déjà exactement Existence, et toute l’Existence est Temps.

Le corps doré de six ou trois mètres est lui-même le Temps. Parce qu’il est le Temps, il possède la resplen-dissante clarté du Temps.

Nous devons considérer cela comme les vingt-quatre heures d’aujourd’hui même.

Les trois têtes et les huit bras sont le Temps lui-même. Parce qu’elles sont le Temps, elles sont complètement les vingt-quatre heures de ce jour.

Nous ne pouvons jamais mesurer combien les vingt-quatre heures de cette journée sont longues ou distendues ni combien elles sont courtes et urgentes ; pourtant nous les appelons « vingt-quatre heures ». Les contraintes et les traces du Temps qui vient et passe sont claires, de sorte que personne n’en doute. Nul n’en doute, mais ça ne signifie pas pour autant qu’on le connaisse.

Les doutes que nous éprouvons par nature, en tant qu’êtres vivants, au sujet de toute chose et de tout fait que nous ne connaissons pas, sont dénués de substance; pour cette raison, l’histoire passée de nos doutes ne rencontre jamais exactement nos doutes actuels.

Pourtant, nous pouvons affirmer que ces doutes sont en tout état de cause le Temps lui-même.

Nous harmonisons notre moi, et nous voyons l’Univers entier. Chaque individu et chaque objet de cet univers peuvent être vus comme des moments du Temps.

 L’objet ne dérange aucun autre objet, de la même manière qu’un moment du Temps ne perturbe aucun autre moment du Temps. Pour cette raison, des décisions sont prises dans un même laps de Temps, et il y a des laps de Temps durant lesquels la même décision est prise. La pratique et la réalisation de la Vérité sont également ainsi.

Accordant notre moi à la vérité, nous voyons de quoi il s’agit. La vérité selon laquelle nous sommes nous-mêmes le Temps est ainsi.

Autrement dit, être-temps signifie que le temps est toujours existence et que toute existence est temps.

Le corps d’or du Bouddha debout est temps; et parce qu’il est temps, il resplendit de l’éclat du temps;

 

cela, il faut l’étudier à chaque instant des vingt-quatre heures du jour3. La forme de l’ashura est temps ; et parce qu’elle est temps, elle est identique à chaque instant des vingt-quatre heures du jour.

Personne ne peut mesurer la brièveté ou la longueur des heures et pourtant on les appelle les vingt-quatre heures du jour. Les traces du mouvement du temps sont si manifestes que nul ne le met en doute ; mais que nul ne conteste le temps ne signifie pas que quiconque le comprenne.

 

Depuis toujours, les hommes éprouvent des doutes à propos de tout ce qui échappe à leur connaissance. C’est pourquoi les doutes de demain ne sont pas forcément identiques aux doutes d’aujourd’hui.

Le doute n’est rien d’autre qu’un aspect momentané du temps.

Nous établissons des catégories et considérons ces catégories comme l’univers entier. Tous les individus, tous les objets de l’univers entier sont autant d’aspects du temps, et c’est ainsi que nous devons les regarder.

Pas plus que les choses ne font obstacle aux choses, les instants ne font obstacle aux instants.

De même que le temps produit l’esprit, de même l’esprit produit le temps.

Il en va de même pour la pratique et l’éveil.

 

Par l’observation, nous voyons l’ordre séquentiel. Tel est le principe de l’identité entre le soi et le temps.

Le terme Uji7 définit à la fois le temps comme une réalité d’être et tout ce qui est comme temps.

La silhouette d’une statue du Bouddha est temps. Du fait qu’elle soit temps, elle a le rayonnement de sa clarté.

 

Nous devrions l’étudier au même titre que les douze périodes8 d’une journée. Les trois têtes et les huit bras sont temps. Comme ils sont temps, ils sont comparables aux douze périodes d’une journée.

Bien que nous ne soyons pas en mesure de justifier ce qu’elles représentent - ces douze périodes - en termes d’unité de valeur, nous ne doutons pas pour autant qu’une journée puisse en contenir. Nous n’avons aucune raison d’en douter, nous avons pour preuve les empreintes du temps. Que l’on ne puisse pas en douter n’implique pas que l’on sache exactement ce qu’est le temps9.

En règle générale, les gens doutent naturellement de ce qu’ils ne saisissent pas et c’est ainsi jusqu’au moment où ils comprennent, si bien que les doutes d’autrefois ne correspondent pas forcément à ceux de maintenant.

Tous les doutes ne sont rien d’autre que temps.

Nous percevons l’univers au travers de ce doute. Chaque chose, chaque individu dans ce monde devrait être considéré comme des moments du temps.

Les choses ne s’entravent pas et ne s’opposent pas entre elles, de même qu’un instant ne fait pas obstruction à un autre instant. De ce fait, si nous sommes résolus à atteindre la compréhension éclairée de notre nature véritable10, le monde tout entier, simultanément, sera perçu en possession de la même résolution.

Dans ce cas, il n’y aucune différence entre l’esprit et le temps. Ils sont tous deux reliés au dessein de parvenir à la compréhension éclairée de sa nature véritable. Il en va de même pour la pratique et pour la réalisation de la Voie11.

En mettant de l’ordre en nous, nous finissons par percevoir que le moi est temps.

Notes.

8. Arutaki, "tantôt", "parfois", "en cet instant", correspond pour Dôgen à Uji, l'existant en son impermanence.

9. Celui d'un bouddha.

10. Komyô, le rayonnement de l'Éveil.

11. Au Japon comme en Chine, le jour entier ne se composait que de douze heures, six pour le jour et six pour la nuit, déterminées par le lever et le coucher du soleil. La durée de l'heure changeait donc suivant l'époque de l'année.

12. Dôgen exprime ici l'impermanence de l'existant que nous sommes. Au cours des 12:00 de la journée, nous sommes tantôt un asura, tantôt un bouddha, tantôt un maître, tantôt un homme du commun, tantôt au plus haut de la conscience, tantôt dans les tréfonds de l'inconscient (« au fond du plus profond des océans »).

13. Leur durée est en effet variable, v. note 11.

14. Shujô veut dire : tout être sensible, y compris les humains. Mais généralement le mot désigne les être non éveillés par rapport au bouddha, ainsi dans l'expression courante : « les êtres sensibles et les bouddhas »

 

Note

3. Mot à mot, des douze heures. Dans le calendrier sino-japonais, le jour était divisé en douze heures équivalant chacune à deux de nos heures.

Notes

7. Parfois, le choix a été fait de ne pas traduire les termes japonais : Arutoki et Uji pour faciliter la lecture et la compréhension du texte.

8. Juni-ji| 十 二 時 (jap). Lit. : douze périodes. À l’époque de Maître Dōgen, comme en Chine, une journée se divisait en douze périodes.

9. Bien que la perception de la durée d’une journée soit du domaine du relatif, nous acceptons par convention qu’une journée contient vingt -quatre périodes.

10. Eveil a été traduit par : la compréhension éclairée de sa nature véritable.

11. Une idée de Maître Dōgen : la pratique est réalisation et la réalisation est la pratique.

 

 

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Uji (4 séances déc 2015 - fév 2016) : présentation, versions disponibles en japonais, français, anglais

Voici la présentation des ateliers qui vont avoir lieu sur le célèbre texte Uji dont le titre est souvent traduit par "Etre-temps" mais que Yoko Orimo ainsi que Ryôji Nakamura et René de Ceccati traduisent par "Le temps qu'il-y-a". Dans un autre message va figurer la comparaison des traductions  du début de Uji en français.

 

Uji 有時 Le temps qu'il y a

Atelier animé par Yoko Orimo traductrice du Shôbôgenzô

à l'Institut d'Études Bouddhiques

en collaboration avec le Dojo Zen de Paris (DZP),

(4 séances) : lundis 14 Décembre 2015, 11 et 25 janvier, 8 février 2016, 19 h - 21 h,

au CIDEB, 29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris

 

I – Présentation du texte par Y Orimo

 

Le temps qu’il-y-a 有時 [Uji] est un texte court, mais il fait preuve d’une extrême densité spéculative. C’est sans aucun doute l’un des textes les plus séduisants du Shôbôgenzô  aux yeux des philosophes contemporains. L’actualité du Temps qu’il-y-a réside bien évidemment dans sa conception originale d’une identité du temps et de l’existence, une thématique qui sera aussi celle de Heidegger dans son maître-ouvrage, Sein und Zeit.

 

II – Versions disponibles en japonais, en français et en anglais

Uji est le n° 20 de l'Ancienne Édition du Shôbôgenzô

 

1) En japonais :

Une version de Uji 有時 se trouve ici sous forme de fichiers téléchargeables :

Le texte est aussi en japonais dans le livre Uji有時, traductions de Eido Shimano et Charles Vacher, édition Encre Marine 2011 (voir ci-dessous).

 

2) En français (lors des ateliers c'est la traduction de Yoko Orimo qui est lue) :

Livres avec la traduction françaises  :

  • Uji « Le temps qu’il-y-a »,  dans le Tome 3de la Traduction intégrale du Shôbôgenzô (La Vraie Loi, Trésor de l'œil) de Yoko Orimo (Ed. Sully 2007), et dans Shôbôgenzô (La Vraie Loi, Trésor de l'œil) coll.Point-sagesse (Seuil 2004). Mais la traduction n'est pas tout à fait la même dans les deux livres.
  • Yûji « Le temps-qu'il-y-a » dans Shôbôgenzô, Traduction et notes de  Ryôji Nakamura et René de Ceccati, éd la différence 1980 (voir la présentation sur http://www.lesbelleslettres.com/livre/?GCOI=22510100195170&fa=reviews ).
  • Uji - L'Etre-tempsdans Les fleurs du Bouddha : Anthologie du Bouddhisme de Pierre Crépon éd Albin Michel coll. spiritualités vivantes 1991 ;
  • Uji  « Etre-temps/beeing time », Traduction de Eido Shimano et Charles Vacher en français et anglais, avec le texte en japonais, édition Encre Marine, 1997. 
  •  Uji - L'Etre-temps dans Polir la lune et labourer les nuages de Jacques Brosse, éd Albin Michel coll. spiritualités vivantes 1998.
  • Uji, l’être-temps selon Dogen (troisième édition), Traduction et commentaires de Luc Boussard, édition Deux Versants, Décembre 2011. (Voir la présentation du livre sur http://deuxversants.com/?p=1029)

Traductions sur internet:

 

3) En anglais sur internet :

En anglais il est aussi dans le livre : Uji  « Etre-temps/beeing time », Traduction de Eido Shimano et Charles Vacher en français et anglais, avec le texte en japonais, édition Encre Marine, 1997.

 

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31 octobre 2015

Tsuki (La lune ou la réflexion) en japonais

 

正法眼蔵第二十三 

都機

 

Tsuki va être étudié avec Yoko Orimo dans l'atelier à l'Institut d'Etudes Bouddhiques, les 2, 16 et 30 novembre 2015. Pour avoir les informations voir le message précédent : Tsuki (ateliers du 2, 16 et 30 novembre 2015) : présentation, versions disponibles en français et anglais.

Yoko Orimo a traduit Tsuki (La lune ou la réflexion) en français dans le tome 2 de la Traduction intégrale du Shôbôgenzô (La Vraie Loi, Trésor de l'œil)  (Ed. Sully). 

Ce texte est le n° 23 de la Nouvelle Édition du Shôbôgenzô.

Voici le texte japonais à peu près présenté en paragraphes comme dans le livre de Y. Orimo, ceci pour faciliter la recherche :

 

 

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18 octobre 2015

Tsuki (ateliers du 2, 16 et 30 novembre 2015) : présentation, versions disponibles en français et anglais

« La lune ou la Réflexion » 都機 [Tsuki]   est le deuxième texte étudié dans le cadre de l'atelier du Shôbôgenzô. En voici une présentation avec des indications de traductions disponibles en français et anglais. Une version en japonais figure dans le message suivant : Tsuki (La lune ou la réflexion) en japonais.

Un extrait de Tsuki accompagné d'un commentaire de Yoko Orimo figure dans un autre message.  En effet, Barbâtre, peintre, participant aux ateliers du Shôbôgenzô de l'IEB depuis trois ans, a fait une exposition intitulée justement "Tsuki" : Tsuki, La lune ou la réflexion : exposition de Barbâtre, 3 mai au 7 juin 2015. Des réflexions de Barbâtre sur sa recherche en peinture se trouvent là avec des liens vers une vidéo.

 

 

La lune ou la Réflexion [Tsuki 都機]  

Atelier animé par Yoko Orimo traductrice du Shôbôgenzô

à l'Institut d'Études Bouddhiques

en collaboration avec le Dojo Zen de Paris (DZP),

 (3 séances) : lundis 2, 16 et 30 novembre 2015 de 19 h à 21 h,

au CIDEB, 29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris

Tsuki est le n° 23 de l'Ancienne Édition

 

 

I – Présentation du texte par Y Orimo :

 

« La lune ou la Réflexion » 都機 [Tsuki]  paraît au premier abord comme un simple « poème » écrit en prose, dépourvu de toute signification. Qu’on ne s’y méprenne pas : c’est dans cette atmosphère poétique, dans cette « parabole » de la lumière nocturne, que se révèle le plus profond secret de la vision de l’Éveil chez Dōgen. Le discours de Dōgen n’est pas un discours sur l’Éveil. L’Éveil ne fait pas le contenu du discours, car c’est l’Éveil lui-même qui discourt de l’Éveil et se présente dans son état originel. L’Éveil chez Dōgen est ainsi de l’ordre de l’événement, événement qui ne sera jamais séparé de son origine.

 

II – Versions disponibles en français et en anglais

 

1) En français :

Tsuki 都機 « La lune ou la Réflexion »,  est dans la Traduction intégrale du Shôbôgenzô, La Vraie Loi, Trésor de l'œil de Yoko Orimo dans le tome 2 (Ed. Sully)

ainsi que dans son petit livre Maître Dôgen, La vraie Loi, Trésor de l'œil, textes choisis du Shôbôgenzô, Paris, Le Seuil, collection "Point-Sagesses", 2004, mais la traduction n'est pas identique

2) En anglais :

 

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13 octobre 2015

Lundi 19 octobre, 1ère atelier sur les termes du bouddhisme sino-japonais à partir de Sandôkai 参同契

Après avoir fait pendant deux ans un cours d'initiation à la langue japonaise, Yoko Orimo propose cette année un atelier pour apprendre les principaux termes du bouddhisme sino-japonais tant au niveau doctrinal qu’au niveau pratique. Pour cela elle s'appuiera sur Sandôkai, un poème écrit par le maître tchan (zen) chinois Sekitô Kisen (700-790), poème récité quotidiennement dans les temples zen Sôtô. Vous trouvez ici :

  • la présentation de l'atelier par Yok Orimo ainsi que le calendrier des 15 séances ;
  • une traduction française faite à partir de la version anglaise un peu remaniée de la Conférence liturgique de la Sôtôshu (Green Gulch Farm, 1997) ;
  • des références (livres et pages internet).

Le texte japonais avec la prononciation et la traduction française faite à partir de la Conférence liturgique de la Sôtôshu se trouve dans les fichiers suivants que vous pouvez ouvrir ou télécharger : Sandokai pour le fichier pdf ; Sandokai pour le fichier docx.

 

 

Terminologie du bouddhisme sino-japonais

niveau moyen

atelier animé  par Yoko Orimo  à l'Institut d'Études Bouddhiques

15 séances, le lundi soir, 19 h - 20h 30
au CIDEB, 29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris

 

 

Présentation de Yoko Orimo et calendrier

 

Cet atelier a pour objectif d’apprendre en profondeur les principaux termes du bouddhisme sino-japonais tant au niveau doctrinal qu’au niveau pratique. Les participants sont invités non seulement à étudier chaque caractère et chaque terme avec leur étymologie et leur acception qui varie selon les contextes, mais aussi à transcrire un corpus choisi et à traduire celui-ci dans le but de publier sous la forme d’un ouvrage collectif.

Pour cette saison 2015-2016, nous prenons pour matière de nos études l’un des corpus fondamentaux de la tradition du zen Sôtô : le Sandôkai 参同契 « L’Alliance de l’Un avec la multitude ». Dans ce beau poème mystique de Sekitô Kisen (700-790), composé de 44 vers  -avec 220 caractères au total- se dévoile la Vision cosmique de la tradition zen en compénétration plénière de l’Un avec la multitude.

 L’inscription à cet atelier demande l’accord préalable du directeur d’études.

Calendrier :  Les lundis 19 octobre, 9 et 23 novembre, 7 décembre 2015 ; 4 et 18 janvier, 1er  et 15 février, 7 et 21 mars, 11 avril, 23 mai, 6, 20 et 27 juin 2016.

 

Sandôkai 参同契

 

Sandôkai, calligraphie de maître Deshimaru

L'harmonie entre la différence et l'égalité

L'esprit du grand sage de l'Inde
s'est intimement transmis d'ouest en est.

Les facultés de l'homme sont plus ou moins aiguisées,
mais la voie n'a ni patriarches du Nord ni patriarches du Sud.

La source spirituelle brille dans la lumière ;
les effluents coulent dans l'obscurité.

Saisir les choses est certainement une illusion ;
se mettre en accord avec l'identité n'est pas encore l'illumination.

Tous les objets des sens
sont en interaction et pourtant ne le sont pas.

L'interaction entraîne la solidarité
sans quoi chacun reste sur sa position.

Les visions varient en qualité comme en forme,
les sons sont tantôt agréables tantôt désagréables.

Dans l'obscurité, les discours raffinés et vulgaires se confondent,
dans la lumière, les phrases claires et troubles se distinguent.

Les quatre éléments retournent à leur nature
tout comme l'enfant se tourne vers sa mère.

Le feu chauffe, le vent bouge,
l'eau mouille, la terre est solide.

Œil et vision, oreille et son,
nez et odeur, langue et saveur.

Ainsi, pour tout ce qui existe,
selon ces racines-là, les feuilles se développent.

Le tronc et les branches partagent l'essence ;
noble ou vulgaire, chacun a son discours.

Dans la lumière existe l'obscurité,
mais ne la prenez pas pour de l'obscurité.

Dans l'obscurité existe la lumière,
mais ne la regardez pas comme de la lumière.

La lumière et l'obscurité s'opposent
comme le pied avant et le pied arrière dans la marche.

De toutes les choses innombrables, chacune a son mérite,
exprimé selon sa fonction et sa place.

Les phénomènes existent, comme la boîte et le couvercle s'ajustent ;
le principe s'accorde, comme la rencontre de deux pointes de flèche.

Entendant les mots, comprenez le sens ;
ne créez pas vos propres normes.

Si vous ne comprenez pas la voie qui se trouve à vos pieds,
comment connaîtrez-vous le chemin sur lequel vous marchez?

La pratique n'est pas une question d'éloignement ou de proximité,
mais dans la confusion les montagnes et les rivières barrent la route.

Vous qui étudiez le mystère, je vous supplie respectueusement
de ne pas passer vainement vos jours et vos nuits.

 

Informations complémentaires sur Sandôkai

 

1) De ce texte Sandôkai, sur internet, on trouve :

2) Un numéro de la revue du Dojo Zen de Paris a été consacré à Sandôkai en 2009 : http://www.dojozenparis.com/publications/parizan/parizan26.pdf.

3) Shunryu Suzuki a fait des enseignement sur Sandôkai : La source brille dans la lumière, éditions Sully 2001 (plus d'infomration sur la dernière page de la revue indiquée au 3°)

4) Gérard Pilet a écrit un commentaire sur ce poème, Unité et diversité aux éditions Kan Jizai (livre actuellement épuisé) dont voici la présentation : 

 - San veut dire « trois » mais aussi « multiplicité », multiplicité des choses, des phénomènes et des êtres. Par extension : la différence.
- , c'est l'identité, l'unité mais aussi l'esprit vaste.
- Le premier sens de kai, c'est « poignée de main ». La poignée de main met deux personnes en relation, les unit.
Sandôkai, c'est donc l'union de la différence et de l'identité, de l'esprit vaste et de la multiplicité des phénomènes.

À propos du Sandôkai, Maître Deshimaru disait : « Lorsque nous comprenons réellement sandôkai avec notre être tout entier et pas seulement avec notre cerveau, nous accédons au coeur de la Voie du Bouddha. Comprendre réellement sandôkai, c'est réaliser la nature de bouddha, pratiquer la Voie dans la vie quotidienne et détenir la clé secrète d'une civilisation future. »

5) Maître Deshimaru a commenté Sandôkai (L'essence et les phénomènes s'interpénètrent) dans Textes sacrés du zen, éd Seghers 1975 p.165-227. Dans l'introduction il dit : « San c'est la différence, l'existence, le phénomène ; Do l'égalité, l'essence, la vacuité ; Kai est plus que la synthèse, c'est la notion de fusion, de mélange, d'interpénétration. Harmonie avec l'ordre cosmique. »

 

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