Ateliers d'étude du Shôbôgenzô avec Yoko Orimo

16 septembre 2014

Keisei-sanshoku. La voix des vallées, les formes-couleurs des montagnes : ateliers sur ce texte, version japonaise et autres

 

La voix des vallées, les formes-couleurs des montagnes

[Keisei-sanshoku 渓声山色] 

 

 

Présentation générale des ateliers Shôbôgenzô

 

Pour la troisième année l'Institut d'Études Bouddhiques en collaboration avec le Dojo Zen de Paris (DZP), propose une découverte du Shōbōgenzô de maître Dōgen sous forme d'ateliers animés par Yoko Orimo traductrice du Shôbôgenzô en français.

La pédagogie est interactive : chaque participant est invité à exposer son point de vue, qu’il soit d’origine académique, artistique, existentiel ou issu de la pratique de zazen. Il n’est pas nécessaire de connaître les langues chinoise ou japonaise. L’atelier initie à la connaissance de la syntaxe, du vocabulaire et des kanji utilisés dans la tradition Chan et Zen. La participation est « à la carte », sans contrainte de suivre l’ensemble du cycle, car chaque texte a son autonomie.

Le premier texte est Keisei-sanshoku « la voix des vallées, les formes-couleurs des montagnes ».

 

Les quatre séances sur Keisei-sanshoku

 

Quatre séances sont consacrées au Keisei-sanshoku les lundis 13 et 27 octobre, 10 et 24 novembre 2014 de 19 h à 21 h, au CIDEB, 29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris. Accès possible au cycle en visio-conférence.

Pour les inscriptions : voir sur le site de l'IEB http://www.bouddhismes.net/ (activités-cours-publication / cours en salle/ autres activités / ateliers) ou bien en allant au CIDEB (29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris) aux jours et heures d’ouverture. L'ensemble des textes étudiés ainsi que les cours de japonais figurent ici : Programme de l'Institut d'Études Bouddhiques 2014-2015 avec Yoko Orimo.

 

Présentation du texte :

 

La voix des vallées, les formes-couleurs des montagnes [Keisei-sanshoku 渓声山色] aborde le thème de la Nature. Mais si c’est de la Nature dont parle ici Dôgen, c’est paradoxalement le naturalisme qui fait frais de sa critique. En effet, la Nature telle que l’Œil de l’Eveillé la perçoit dans sa pureté originelle est tout autre que celle perçue chez le commun des mortels en tant que données sensibles immédiates.  Conformément au thème traité, le Keisei-sanshoku est un texte plein de poésie avec de très belles images de la Nature.

 

Texte du keisei-sanshoku en japonais, en français et en anglais

 

1) En japonais : une version de Keisei-sanshoku [渓声山色] se trouve ici sous forme de fichiers  téléchargeables :

2) En français : La voix des vallées, les formes-couleurs des montagnes est dans la Traduction intégrale du Shôbôgenzô, La Vraie Loi, Trésor de l'œil de Yoko Orimo dans le tome 1 (Ed. Sully 2005, réédition 2012).

3) En anglais, la traduction du site Shasta Abbey est The Rippling of a Valley Stream, the Contour of a Mountain. Voici une version téléchargeable en pdf :  Keisei Sanshoku - Shasta Abbey (c'est le n°8 sur http://www.shastaabbey.org/teachings-publications_shobogenzo.html).

Autres titres anglais (d'après http://www.gnusystems.ca/SBGZ.htm ), les deux premiers faisant partie de traductions complètes du Shôbôgenzô :

  • Valley Sounds, Mountain Colors (Tanahashi and others, Treasury of the True Dharma Eye 2010) ;
  • The Voices of the River-Valley and the Form of the Mountains (Nishjima/Cross) ;
  • Valley Sounds, Mountain Colors (Enlightenment Unfolds, Tanahashi 2000) ;
  • Sounds of the Valley Streams, Forms of the Mountains (How to Raise an Ox, Cook 1978) ;
  • Sounds of the Valley Streams, Colors of the Mountains (Rational Zen, Cleary 1995, in Classics of Buddhism and Zen v.3)

 

 

 

 

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La cérémonie du thé : wabi et sabi. Par Franck Armand

 

Franck Armand est maître de thé. Un premier article de lui figure déjà sur le blog : La cérémonie du thé : les origines, des photos viennent d'y être rajoutées et la présentation de F. Armand a été modifiée.

Lorsque Yoko Orimo avait fait un bref historique l'an dernier, elle nous avait parlé de wabi et sabi sans nous en dire plus car ce n'était pas le sujet de l'atelier : « Les époques Muromachi (1338-1573) et Azuchi-Momoyama  (1573-1598) durent 270 ans environ, et c'est alors que se développe toute l'esthétique japonaise avec le théâtre de Nô, la Voie du thé [Sadô 茶道] avec Sen no Rikyû (1522-1591). Du point de vue esthétique c'est une époque absolument primordiale. Les qualificatifs de cette esthétique sont wabi わびet sabi さび, deux mots difficilement traduisibles : à la fois il y a la pureté radicale, le dépouillement et la beauté. On ne trouve cela nulle part ailleurs. » (Extrait de Compte-rendu Bendôwa 3ème séance du 18/11/2013).

Nous avons donc demandé à Franck de nous présenter plus en détail ces deux concepts essentiels. C'est ce qu'il fait dans ce deuxième article. Les photos insérées dans ce message viennent de lui :

 

 

La cérémonie du thé : wabi et sabi

Par Franck Armand

 

La cérémonie du thé ne peut être comprise sans l’introduction de deux concepts essentiels à la fois sur le plan esthétique, philosophique, éthique, et bien entendu spirituel : WABI et SABI.

 

Wabi :

cérémonie du thé au japon 2011 094

 

Le goût pour les formes austères et dépouillées, si caractéristiques de la voie du thé, est désigné d’ordinaire par le terme de WABI.

Si l’on cherche à mieux cerner le sens profond de ce terme, c’est tout un univers qui s’ouvre.

C’est un concept difficile à expliquer de façon directe. Le WABI cela se ressent. C’est surtout un vécu, celui par exemple d’un moment passé dans un pavillon de thé…

WABI vient de WABISHII, adjectif qui signifie « solitaire, abandonné,… ».

Ainsi dans son acceptation originelle ce terme évoque la solitude de l’être, la pauvreté des choses. Cependant, au cours de l’histoire de l’art et de la spiritualité japonaise, le sens de WABI a pris peu à peu un sens plus « positif ».

Pour la cérémonie du thé

Le terme de WABI tel que l’utilisait Sen no Rikyû au XVIème siècle pourrait être rendu par l’expression « simplicité rustique ». Mais WABI n’est pas l’amour esthétique de ce qui est rustique ; c’est un état d’esprit qui se nourrit aux notions de simplicité, de frugalité, d’humilité. Dans le Zen, la pauvreté est un noble idéal ; celui qui se détache de la matière s’ouvre les portes de la liberté qui pourront lui permettre une meilleure compréhension du monde et des êtres.

Ce concept a cependant gardé de son sens originel les notions de solitude et d’isolement. Prendre de la distance, s’éloigner du monde nous met en contact avec ce qui définit WABI. On trouve ce terme exprimé dès le XIIème siècle dans le Tsurezure Gusa de Yoshida Kenkô. WABI est donc aussi profondément lié à la tradition japonaise de l’ermite, loin des conventions sociales, isolé des autres et immergé dans la nature. Nous ne pouvons faire l’expérience de WABI qu’une fois l’esprit libéré des influences et des attentes qui nous assaillent lorsque nous sommes au sein de l’univers social.

Pour la cérémonie du thé

Sur un plan plus esthétique, le WABI c’est le dépouillement des formes et des matières ainsi que la sobriété des couleurs. Il indique une préférence pour la pauvreté par rapport à la richesse, pour l’irrégularité par rapport à la régularité, pour l’asymétrique par rapport au symétrique. Être au plus proche du naturel, pour se donner la possibilité de percevoir l’esthétique spécifique du vivant lorsqu’il s’exprime librement. L’artiste habité par le WABI ne crée pas seul ; il sait que l’impact de ses créations est décuplé lorsqu’il est à l’écoute de la nature et qu’il co-crée avec elle. Cela donne à son art, une universalité en laquelle chacun peut se reconnaître.

 

Sabi :

SABI vient de l’adjectif SABISHII qui a tout à fait le même sens que WABISHII.

Ainsi, le sens de SABI est presque indissociable de WABI. Ils sont très proches avec cependant une nuance.

Sur le plan spirituel et esthétique, SABI exprime le goût pour les choses qui portent la marque du temps. C’est la patine qui donne vie aux objets. Mais c’est aussi la décomposition ou le renouveau.

SABI représente un état d’éveil et de sérénité face à la fugacité de l’instant et l’instabilité du monde.

Sen no Rikyû aimait à citer ce poème représentatif de la sérénité qui peut être atteinte par la pratique de la voie du thé :

« Je ne vois autour de moi
Ni fleurs, ni feuilles rougies par l’automne
Près de la cabane au toit de chaume
Qui se tient solitaire sur le rivage
L’automne s’enfuit… »

Ce poème pourrait nous laisser sur une impression mélancolique… Mais SABI n’est pas l’ordre du psycho-émotionnel. SABI c’est utiliser chaque élément d’expérience quotidienne pour remonter à la perception profonde de l’impermanence. Ainsi, SABI peut être, tout aussi bien, la fine capacité à percevoir le renouveau :

« À celui qui se languit
Des fleurs de printemps
Montre les jeunes pousses
Qui sortent dans les collines enneigées »

 Adhérer à cette idée profonde de SABI, c’est reconnaître sereinement l’impermanence des choses, et goûter le temps qui passe…

 

WABI/SABI expriment ensemble la capacité à percevoir le vivant dans son essence, capacité qui amène naturellement à une neutralité d’esprit et une perception de l’impermanence d’une incommensurable profondeur. La tranquillité et la pureté du cheminement du Zen, en particulier celui de la voie du thé, vont de pair avec la perception d’une dynamique profonde : celle de la Vie.

 

                                       Avec le maître de thé Takami  dans le Vercors

Takami été 2012 076 Vercors

Takami été 2012 038 Vercors

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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LISTE classée DES MESSAGES PARUS avant le 16 septembre

 

SHÔBÔGENZÔ

Les 92 fascicules du Shôbôgenzô Références des textes du Shôbôgenzô dans les livres de Y OrimoPrésentation du Shôbôgenzô  – Vie de Dôgen ; le Shôbôgenzô : histoire, transmission, titre...

DÔGEN

Le voyage intérieur de DôgenVie de Dôgen ; le Shôbôgenzô : histoire, transmission, titre...

TEXTES DU SHÔBÔGENZÔ ÉTUDIÉS

Titres des textes étudiés en japonais et français, livres de Y Orimo  correspondants

Zazengi traductionZazengi guide de travailZazengi en japonaisCompte-Rendu : Zazengi_ 6/10/2012C R : fin Zazengi, intro Shôbôgenzô_20/10/2012

Genjôkôan traductionGenjôkôan guide de travailGenjôkôan en japonais et quatrainC R : Intro Genjôkôan_ 20/10/2012C R : Quatrain du Genjôkôan. 20/10/12 et 17/11/12Six traductions du quatrain du GenjôkôanC R : Paragr. 5 à 10 du Genjôkôan. 17/11/2012C R : Fin du Genjôkôan_24/11/2012

Tenbôrin traductionTenbôrin Guide de travailTenbôrin en japonaisCompte-rendu : Tenbôrin-début_03/12/2012Compte-rendu : Tenbôrin-fin_poèmes_6 kakis_17/12/2012

Udonge traductionUdonge Guide de travailUdonge en japonaisCompte-rendu : Udonge 1ère partie_07/01/2013Compte-rendu : Udonge_2ème partie_21/01/2013

Hatsu.u traductionHatsu.u Guide de travailHatsu.u en japonaisCompte-rendu : Hatsu.u-début_02/02/2013Compte-rendu : Hatsu.u-fin de l'étude_16/02/2013

Shukke TraductionShukke Guide de travailShukke en japonaisCompte-rendu Shukke 1ère séance 09/03/2013Compte-rendu Shukke 2ème séance 23/03/2013

Zazenshin traductionZazenshin guide de travail ; Zazenshin japonaisCompte-rendu Zazenshin 1ère séance 08/04/2013Compte-rendu Zazenshin 2è séance 22/04/2013Extraits des Entretiens de Mazu : l'éveil de Mazu  – Compte-rendu Zazenshin 3è séance du 13/05/2013Compte-rendu Zazenshin 4è séance du 27/05/2013  –

 Bendôwa en japonais – Compte-rendu BENDÔWA 1ère séance du 21/10/2013Compte-rendu Bendôwa, 2ème séance du 04/11/2013Compte-rendu Bendôwa 3ème séance du 18/11/2013Compte-rendu Bendôwa 4ème séance du 02/12/2013

Raihai-tokuzui : Maître Dôgen et la femme 06/08/2013 –

Sansuikyô en japonais  – Compte-rendu Sansuikyô 1ère séance du 16/12/2013  – Compte-rendu Sansuikyô 2ème séance du 06/01/2014Compte-rendu Sansuikyô, 3ème séance du 20/01/2014

Shisho (Actes généalogiques) en japonais, et photo d'un acte généalogique.

 BUSSO (Les éveillés et les patriarches) en japonais ; listes d'éveillés et de patriarches ;

Gabyô (Une galette en tableau) en japonais  ;

Keisei-sanshoku. La voix des vallées, les formes-couleurs des montagnes : ateliers sur ce texte, version japonaise et autres ; nouveau du 16 septembre

KANJI

Qu'est-ce qu'un kanji ?Apprendre les kanjiVie et mort, La Gendronnière MAI 2005Kanji étudiés en octobre-novembre 2012Dictionnaires de kanji

INITIATION AU JAPONAIS

 1er cours d'initiation au japonais : La langue japonaise. 14/10/2013  – 2ème cours d'initiation à la langue japonaise 28/10/2013 – 3ème cours d'initiation à la langue japonaise ; Tableaux récapitulatifs4ème cours d'initiation à la langue japonaise5ème cours de langue japonaise (13/01/2014). Lectures on et kun et conséquence pour les sûtras6ème cours d'initiation à la langue japonaise. Origine des kanas. Les 4 étapes de lecture du Hannya Shingyô

VIDÉOS AVEC YOKO ORIMO

Vidéos avec Yoko OrimoFilm en DVD "Une fleur éclôt, le monde se lève"

INTERVIEW DE YOKO ORIMO

Temps éternité impermanenceLe voyage intérieur de DôgenPrésentation du Shôbôgenzô

THÈMES

ÊTRE MOINE

D'où vient le mot moine ?Un moine zen en FranceTransmission ; moines dans le zenPréceptes des moines et laïcs zenStructuration des monastères zenLes "moines zen" aujourd'hui au Japon

POEMES

Poèmes-variations sur le verset trituré dans TenbôrinFilm en DVD "Une fleur éclôt, le monde se lève" –

PEINTURES

ARTS ZEN

 

 

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24 juin 2014

Programme de l'Institut d'Études Bouddhiques 2014-2015 avec Yoko Orimo

Voici le programme des deux ateliers que Yoko Orimo anime à l'IEB : Découverte du Shôbôgenzô de maître Dôgen ; Initiation à la langue japonaise – niveau moyen. Tout à la fin figurent les tarifs et les modalités d'inscription (mais le bulletin d’inscription en ligne n'est disponible qu'à partir du lundi 8 septembre 2014).

Pour lire, télécharger, imprimer, c'est ici en fichier pdf : Programme_IEB_2014_2015.

 

I – Découverte du « Shōbōgenzo » de maître Dōgen

 

Cet Atelier est proposé en collaboration avec le Dojo Zen de Paris (DZP)

15 séances :
le lundi soir, de 19 h à 21 h, au CIDEB, 29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris

  (accès possible au cycle en visio-conférence)

 

Cet atelier permet d’approfondir la lecture du Shōbōgenzō, rédigé par le maître japonais Dōgen (1200-1253), recueil composite de 92 textes qui est au sommet de la littérature du Zen. C’est une œuvre à multiples facettes avec des dimensions poétique, philosophique, religieuse, mystique, existentielle.

Nous étudions texte par texte la version originale en japonais et sa traduction française en les confrontant à des traductions en langue anglaise. La pédagogie est interactive : chaque participant est invité à exposer son point de vue, qu’il soit d’origine académique, artistique, existentiel ou issu de la pratique de zazen. Il n’est pas nécessaire de connaître les langues chinoise ou japonaise. L’atelier initie à la connaissance de la syntaxe, du vocabulaire et des kanji utilisés dans la tradition Chan et Zen.

La participation est « à la carte », sans contrainte de suivre l’ensemble du cycle, car chaque texte a son autonomie. Cet Atelier est la continuation de ceux proposés en 2012-13 et 2013-2014 ; il est néanmoins accessible à toute personne qui n’aurait pas suivi les séances proposées les années passées.

 

Calendrier :

  1. Keisei-sanshoku « la voix des vallées, les formes-couleurs des montagnes » (4 séances) : 13 et 27 octobre, 10 novembre et 24 novembre 2014
  2. Bodaisatta-shishôbô « Les quatre attributs pratiques de l’être d’Eveil » (1 séance) : 8 décembre 2014
  3. Hotsu-mujôshin  « Déploiement du cœur sans au-delà » (3 séances) : 5 et 19 janvier, 2 février 2015   
  4. Menju  « Transmission face à face » (3 séances) : 23 février, 9 et 23 mars 2015
  5. Shin-fukatoku  « Le cœur n’est pas à saisir » (1 séance) : 20 avril 2015
  6. Butsudô  « La Voie de l’Eveillé » (3 séances) : 11 mai, 1er et 15 juin 2015

 

Notes explicatives de chacun des six textes à étudier :

  1. La voix des vallées, les formes-couleurs des montagnes [Keisei-sanshoku 渓声山色] aborde le thème de la Nature. Mais si c’est de la Nature dont parle ici Dôgen, c’est paradoxalement le naturalisme qui fait frais de sa critique. En effet, la Nature telle que l’Œil de l’Eveillé la perçoit dans sa pureté originelle est tout autre que celle perçue chez le commun des mortels en tant que données sensibles immédiates.  Conformément au thème traité, le Keisei-sanshoku est un texte plein de poésie avec de très belles images de la Nature. 
  2. Les quatre attributs pratiques de l’être d’Eveil [Bodaisatta-shishôbô 菩提薩埵四攝法], rédigé dans un style sobre et limpide, présente les 4 attributs pratiques de l’être d’Éveil : (1°) le don [fuse 布施skr. dâna], (2°) la parole d’amour [aigo 愛語 skr. priya-vâditâ], (3°) la pratique altruiste [rigyô 利行 skr. artha-caryâ] et (4°) l’accord [dôji 同事skr. samâna-arthatâ]. Par sa dimension profondément religieuse et sa simplicité, le Bodaisatta-shishôbô révèle une autre facette, presque ignorée en Occident, de l’ensei-gnement de Dôgen. Il s’agit, à notre avis, de l’un des chefs-d’œuvre du Shôbôgenzô.   
  3. Déploiement du cœur sans au-delà [Hotsu-mujôshin 発無上心] témoigne, avec fraîcheur et dynamisme, d’une grande ouverture face au monde séculier, dans la mesure où Dôgen y affirme les merveilles du déploiement du cœur de l’Éveil dans la vie laïque. « S’il en est ainsi, affirme-t-il, les constructions de la pagode et de la statue de l’Eveillé entreprises en ce moment sont justement le déploiement du cœur de l’Eveil. C’est ce déploiement du cœur qui nous conduit directement à la réalisation de l’état de l’Eveillé. (…) »
  4. Transmission face à face [Menju 面授] désigne, selon l’acception commune, l’enseignement de l’Eveillé directement conféré du maître à son disciple, face à face, sans intermédiaire. Le sens que Dôgen attribue à ce terme menju est cependant infiniment plus profond. La face de l’Eveillé-Shâkyamuni transmise face à face dans l’unité de l’intérieur et de l’extérieur, de la surface –du visage- et de la profondeur –du cœur-, renvoie bien évidemment à la scène fondatrice de la Voie de l’Eveillé dans laquelle le visage de Kâçyapa refléta, avec sourire, le cœur de l’Eveillé-Shâkyamuni : la vraie Loi, Trésor de l’Œil [shôbôgenzô 正法眼蔵] – le cœur sublime du Nirvâna [nehan-myôshin 涅槃妙心].   
  5. Le cœur n’est pas à saisir [Shin-fukatoku 心不可得] présente un commentaire de la fameuse rencontre qui eut lieu entre Tokusan Senkan (782--865), grand spécialiste du Sûtra de Diamant, et une vieille marchande de galettes. Celle-ci, ayant réduit au silence le savant bouddhiste gonflé de l’orgueil, refusa de lui vendre la galette, et Tokusan de se lamenter : « Une galette en tableau [gabyô 画餅] n’apaise pas la faim ! »  
  6. La Voie de l’Eveillé [Butsudô 仏道] forme avec L’enseignement de l’Eveillé [Bukkyô 仏教] et Les sûtras bouddhiques [Bukkyô 仏経] la trilogie apologétique du Shôbôgenzô. L’argument essentiel du Butsudô consiste à dire qu’il ne doit pas exister dans la Voie de l’Eveillé d’appellation pour les écoles particulières y compris celle du Zen ainsi que celles de Sôtô, de Rinzai, d’Unmon, etc. La grande Voie des éveillés et des patriarches, pour Dôgen, est Une et ne doit pas faire l’objet d’une appropriation par un quelconque esprit sectaire. Dans ce texte, on découvre en effet l’un des aspects les plus singuliers et les plus frappants de l’enseignement bouddhique de maître Dôgen      

 

Références

Pour ceux qui voudraient lire ces textes dès maintenant, voici les références des livres de la Traduction intégrale Shôbôgenzô, La Vraie Loi, Trésor de l'œil de Yoko Orimo :

  • La voix des vallées, les formes-couleurs des montagnes [Keisei-sanshoku] est dans le tome 1 (Ed. Sully 2005, réédition 2012) ;
  • Les quatre attributs pratiques de l’être d’Eveil [Bodaisatta-shishôbô] est dans le tome 6 (Ed. Sully 2012) ;
  • Déploiement du cœur sans au-delà [Hotsu-mujôshin] est dans le tome 1 (Ed. Sully 2005, réédition 2012) ;
  • Transmission face à face [Menju] est dans le tome 7 (Ed. Sully 2013) ;
  • Le cœur n’est pas à saisir [Shin-fukatoku] est dans le tome 5 (Ed. Sully 2011)
  • La Voie de l’Eveillé [Butsudô] est dans le tome 4 (Ed. Sully 2009).

Tous les textes du Shôbôgenzô sont introduits par Yoko Orimo dans Le Shôbôgenzô de Maître Dôgen (Ed. Sully 2003). Cela complète ce qui est mis dans les tomes où il y a la traduction intégrale.

 

Classification :

  • Keisei-sanshoku (n° 25), Hotsu-mujôshin (n° 63), Menju (n° 51) Shin-fukatoku  (n° 8), Butsudô (n° 44) sont dans l'Ancienne édition de 75 textes ;
  • Bodaisatta-shishôbô est dans les 5 textes supplémentaires (n° 2).

 

 

II – Initiation à la langue japonaise – niveau moyen

 

15 séances, le lundi soir, de 19 h à 20 h 30
au CIDEB, 29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris

  (accès possible au cycle en visio-conférence)

 

Programmés en tandem avec les ateliers d’étude du Shōbōgenzō, ces cours de langue japonaise ont une visée d’abord culturelle : à travers l’apprentissage pratique de la syntaxe, des alphabets japonais (kana) et des caractères sino-japonais (kanji), ils permettront d’initier les participants à la spécificité de la langue japonaise et de les faire accéder, avec des cas concrets, à l’une des problématiques majeures du Shōbōgenzō : le rapport dynamique articulant traduction, transformation et transmission, autour du terme clé : shōden « transmission juste ».

Ces cours sont en principe proposés à ceux qui ont déjà suivi l’ensemble des séances de 2013-2014. Les débutants ne seront pas pour autant exclus ; des séances du rattrapage et de la révision seront intégrés selon le niveau et du besoin des étudiants. Bien sûr, de nouveaux arrivants ayant déjà acquis la base seront bienvenus.

Afin de souligner le lien effectif entre l’étude de la langue et la connaissance bouddhique, cette année-ci, on propose, outre le programme général, la lecture continue d’un texte original en japonais du Shôbôgenzô : Shôji 生死 « Naissances et morts » écrit en hiragana (l’alphabet japonais).

  

Calendrier :

les lundis 20 octobre ; 3 et 17 novembre ; 1er et 15 décembre 2014 ; 12 et 26 janvier ; 9 février ; 2, 16 et 30 mars ; 13 avril ; 4 et 18 mai ; 8 juin 2015.

 

Tarifs et inscriptions

Tarifs

  • Découverte du Shōbōgenzō
    (cycle entier de 15 séances ou nombre de séances variable selon le texte étudié : 1, 3 ou 4)
    cycle entier : tarif plein : 180 €  (ou 3 x 60 €) /  tarif réduit : 144 € (ou 3 x 48 €)
    1 séance : tarif plein : 15 €  /  tarif réduit : 12 €
    3 séances : tarif plein : 39 €  /  tarif réduit : 30 €
    4 séances : tarif plein : 51 €  /  tarif réduit : 39 €
  • Initiation à la langue japonaise (cycle entier de 15 séances)
    tarif plein : 150 € (ou 3 x 50 €)
    tarif réduit : 120 € (ou 3 x 40 €)

Le tarif réduit est attribué aux étudiants et aux demandeurs d’emploi sur présentation (ou envoi d’une photocopie) d’un justificatif en cours de validité. Il peut être accordé à toute personne pouvant justifier de faibles ressources.

Il est possible de régler en trois règlements trimestriels

=> 1er versement : à l’inscription
=> 2e versement : dans un délai de 3 mois, avant le 15 janvier
=> 3e versement : dans un délai de 6 mois, avant le 15 avril
En cas de paiement par chèque, les trois chèques peuvent être remis à l’inscription
Ils seront encaissés à la fin des mois indiqués ci-dessus
 

Inscriptions

Les inscriptions aux cycles entiers doivent être effectuées avant le 11 octobre 2014
Vous pourrez vous inscrire en remplissant le bulletin d’inscription en ligne (disponible à partir du lundi 8 septembre 2014) sur le site de l'IEB http://www.bouddhismes.net/ (activités-cours-publication / cours en salle/ autres activités / ateliers) ou bien en vous présentant dans les locaux, au CIDEB (29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris) aux jours et heures d’ouverture.
Chaque inscription est effective à réception du règlement (chèque libellé à l’ordre de "Institut d’Etudes Bouddhiques" ou "IEB").

L’adhésion à l’association est obligatoire pour s’inscrire aux cycles entiers.
Elle couvre l’année universitaire, du 1er octobre au 30 septembre.
Elle comprend l’accès réservé à l’« Espace adhérents » du site de l’IEB.
 

Adhésion annuelle

cotisation simple : 36 €
cotisation de soutien : 55 € ou plus

Les sommes versées au titre des cotisations de soutien contribuent à l’achat d’ouvrages pour la bibliothèque de l’Institut.

 

 

 

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06 juin 2014

Fukanzazengi [普勧坐禅儀] de Maître Dôgen

Le Fukanzazengi « La recommandation universelle de la manière de la méditation assise (zazen) » écrit par maître Dôgen est un texte de référence pour les pratiquants du zazen[1]. Il ne figure pas dans le Shôbôgenzô écrit lui aussi par maître Dôgen, mais il m'a semblé important de le faire figurer sur le blog dédié au Shôbôgenzô.

Plan : 1) Repères donnés par Yoko Orimo lors des ateliers consacrés au Shôbôgenzô à l'Institut d'Etudes Bouddhiques[2] (en lien avec le Dojo Zen de Paris) ; 2) Traduction en français du Fukanzazengi avec des notes extraites (et légèrement modifiées) de Zazengi (texte traduit par Y. Orimo qui ne traduit que les textes du Shôbôgenzô) ; 3) Comparaisons de traductions du passage concernant les termes shiryô 思量, fushiryô 不思量 et hishiryô 非思量 que Y. Orimo traduit par "pensée", "non-pensée", "ce qui n'est pas de l'ordre de la pensée"[3].

                                                                                                                            Christiane Marmèche

Pour lire, télécharger, imprimer, c'est ici en fichier pdf : Fukanzazengi.

 

Fukanzazengi [普勧坐禅儀]

de Maître Dôgen

 

Repères biographiques[4].

Maître Dôgen (道元) est né en 1200 et est mort en 1253.

– en 1223 il va en Chine pour l'étude bouddhique. En Chine c'est la grande dynastie des Song. Là-bas il va rencontrer le maître de sa vie, maître Tendô Nyojô 天童如淨 (1163-1228).

– en 1227 il revint au Japon. Il fut alors hébergé au temple Ken.nin-ji1 à Kyôto de 1228 à 1230, puis au temple Anyô.in à Fukakusa (la banlieue sud de la capitale) de 1230 à 1233, menant – selon l’expression même du jeune apôtre – une vie de nuages éphémères et d’herbes flottantes. En 1227 il écrit le Fukanzazengi « La recommandation universelle de la manière de la méditation assise » qui est une sorte de manifeste doctrinal de la méditation assise (zazen). En 1231 il écrit  Bendôwa « Entretiens sur la pratique de la Voie ».

– en 1233 il fonde son premier monastère dans la banlieue sud de la capitale Kyôto. Il écrit le Genjôkôan. Il n'a que 33 ans mais est déjà en pleine maturité.

– en 1243 il quitte Kyôto pour s'installer définitivement dans la province d'Echizen au nord de Kyôto. Il est d'abord au temple Yoshimine, c'est un lieu transitoire où il attend l'inauguration de son second et dernier monastère. Il écrit le Zazengi et Zazenshin.

– en 1244 : Il fonde le monastère qui est initialement appelé le monastère du Grand Éveillé [Daibutsu-ji] et qui s'appellera le monastère de la Paix Éternelle [Eihei-ji].

Le Genjôkôan est placé tout au début du recueil Shôbôgenzô qui compte au total 92 textes[5]. Bendôwa[6], Zazengi[7] et Zazenshin[8] en font partie.

 

Liens entre Fukanzazengi, Zazengi, Zazenshin et Bendôwa.

Le Fukanzazengi 普勧坐禅儀[9] (La recommandation universelle de la manière de la méditation assise) est un court traité uniquement écrit en chinois (avec des caractères sino-japonais). Certains passages sont très proches de Zazengi, qui, comme tous les textes du Shôbôgenzô est écrit en japonais. En particulier les termes shiryô 思量, fushiryô 不思量 et hishiryô 非思量 sont communs aux deux et il est intéressant de comparer les traductions en français de ces termes dans Zazengi et Fukanzazengi[10].

Zazengi 坐禪儀 et Zazenshin 坐禪箴 sont deux textes jumeaux quoique fort contrastés. Zazengi a pour troisième caractère gi 儀 dont la clé 亻 représente une personne et le côté corps du caractère donne le son : gi signifie « méthode, manière », et également  « le rituel », d'où ce côté très matériel et extérieur de Zazengi. Zazengi est un texte très court, limpide, simple, il n'y a aucun problème de compréhension ni d'interprétation. En revanche Zazenshin est un texte qui voit le zazen de l'intérieur dans sa dimension métaphysique. Donc Zazengi c'est plutôt du côté de l'extérieur, du corporel : comment préparer la salle, quelle est la posture correcte de zazen etc. tandis que Zazenshin c'est infiniment plus conceptuel et métaphysique. C'est dans Zazenshin que les termes shiryô 思量, fushiryô 不思量 et hishiryô 非思量s'éclairent.

Bendôwa 弁道話 « Entretiens sur la pratique de la Voie » est écrit à la même époque que Fukanzazengi auquel il fait un renvoi, à la fin : « En ce qui concerne la manière et la norme de cette méditation assise (zazen), il faut se référer à la Recommandation universelle de la manière de la méditation assise (Fukanzazengi) ».

 

TEXTE [11]

 

La Voie est fondamentalement parfaite. Elle pénètre tout. Comment pourrait-elle dépendre de la pratique et de la réalisation ?

Le véhicule du dharma est libre et dégagé de toute entrave. En quoi l'effort concentré de l'homme est-il nécessaire ? En vérité, le Grand Corps est bien au-delà de la poussière du monde. Qui pourrait croire qu'il existe un moyen de l'épousseter ? Il n'est jamais distinct de quiconque, toujours exactement là où l'on est. À quoi bon aller ici ou là pour pratiquer ?

Cependant, s'il y a un fossé, si étroit soit-il, la Voie reste aussi éloignée que le ciel de la terre. Si l'on manifeste la moindre préférence ou la moindre antipathie, l'esprit se perd dans la confusion. Imaginez une personne qui se flatte de comprendre et qui se fait des illusions sur son propre éveil, entrevoyant la sagesse qui pénètre toutes choses, joint la Voie et clarifie l'esprit, et fait naître le désir d'escalader le ciel lui-même. Celle-là a entrepris l'exploration initiale et limitée des zones frontalières mais elle est encore insuffisamment sur la Voie vitale de l'émancipation absolue. Ai-je besoin de parler du Bouddha, qui était en possession de la connaissance innée ? On ressent encore l'influence des six années qu'il vécut, assis en lotus dans une immobilité totale. Et Bodhidharma, la transmission du sceau jusqu'à nos jours a conservé le souvenir de ses neuf années de méditation devant un mur.

Puisqu'il en était ainsi avec les saints d'autrefois, comment les hommes d'aujourd'hui peuvent-ils se dispenser de négocier la Voie ? Vous devez en conséquence abandonner une pratique fondée sur la compréhension intellectuelle, courant après les mots et vous en tenant à la lettre. Vous devez apprendre le demi-tour qui dirige votre lumière vers l'intérieur, pour illuminer votre vraie nature. Le corps et l'âme d'eux-mêmes s'effaceront, et votre visage originel apparaîtra. Si vous voulez atteindre l'éveil, vous devez pratiquer l'éveil sans tarder.

zazen

Pour sanzen[12], une pièce silencieuse convient. Mangez et buvez sobrement. Rejetez tout engagement et abandonnez toute affaire. Ne pensez pas : ceci est bien, cela est mal. Ne prenez parti ni pour ni contre. Arrêtez tous les mouvements de l'esprit conscient. Ne jugez pas des pensées et des perspectives. N'ayez aucun désir de devenir un Bouddha. Sanzen n'a absolument rien à voir avec la position assise ou la position allongée. À l'endroit où vous avez l'habitude de vous asseoir, étendez une natte épaisse et placez un coussin dessus. Asseyez-vous en lotus ou bien en demi-lotus. Dans la posture du lotus, vous placez d'abord votre pied droit sur votre cuisse gauche, et votre pied gauche sur votre cuisse droite. Dans la posture du demi-lotus, vous vous contentez de presser votre pied gauche contre votre cuisse droite. Veillez à desserrer vos vêtements et votre ceinture, arrangez-les convenablement.

Placez alors votre main droite sur votre jambe gauche et votre main gauche (tournée vers le haut) sur votre main droite ; les extrémités des pouces se touchent. Asseyez-vous bien droit, dans l'attitude corporelle correcte, ni penché à gauche, ni penché à droite, ni en avant, ni en arrière. Assurez-vous que vos oreilles sont dans le même plan que vos épaules et que votre nez se trouve sur la même ligne verticale que votre nombril. Placez la langue en avant contre le palais ; la bouche est fermée, les dents se touchent. Les yeux doivent rester toujours ouverts, et vous devez respirer doucement par le nez. Quand vous avez pris la posture correcte, respirez profondément une fois, inspirez et expirez. Inclinez votre corps de droite et de gauche ; et immobilisez-vous dans une position assise stable.

Pensez à ne pas penser. Comment pense-t-on à ne pas penser ? Au-delà de la pensée (hishiryô)[13]. Cela en soi est l'art essentiel du zazen.  Le zazen dont je parle n'est pas l'apprentissage de la méditation (shuzen)[14], il n'est rien d'autre que le dharma de paix et de bonheur, la pratique-réalisation d'un éveil parfait. Zazen est la manifestation de l'ultime réalité. Les pièges et les filets ne peuvent jamais l'atteindre. Une fois que vous avez saisi son cœur, vous êtes semblable au dragon quand il entre dans l'eau et semblable au tigre quand il pénètre dans la montagne. Car il faut savoir qu'à ce moment précis (quand on pratique zazen), le vrai dharma se manifeste et que, dès le début, on écarte le relâchement physique et mental, et la distraction. Quand vous vous relevez, remuez doucement et sans hâte, calmement et délibérément. Ne vous relevez pas subitement ou brusquement. Quand on jette un regard sur le passé, on s'aperçoit que transcendance à la fois de l'éveil et du non-éveil, que mourir assis ou debout, ont toujours dépendu de la vigueur du zazen.

En outre, l'ouverture à l'éveil dans l'occasion fournie par un doigt, une bannière, une aiguille, un maillet, l'accomplissement de la réalisation grâce à un chasse-mouches, un poing, un bâton, un cri, tout cela ne peut être saisi entièrement par la pensée dualiste de l'homme'. En vérité, cela ne peut pas davantage être connu mieux par l'exercice de pouvoirs surnaturels. Cela est au-delà de ce que l'homme entend et voit -- n'est-ce pas un principe antérieur aux connaissances et aux perceptions? Cela dit, il importe peu qu'on soit intelligent ou non. Il n'y a pas de différence entre le sot et l'avisé.

Quand on concentre son effort d'un seul esprit, cela, en soi, c'est négocier la Voie. La pratique-réalisation est pure par nature. Avancer est une affaire de quotidienneté. Dans l'ensemble, ce inonde et les autres, à la fois en Inde et en Chine, respectent le sceau du Bouddha. La particularité de cette école prévaut : dévotion à la méditation assise tout simplement, s'asseoir immobile dans un engagement total. Bien que l'on dise qu'il y a autant d'âmes que d'hommes, tous négocient la Voie de la même manière, en pratiquant zazen.

Pourquoi abandonner le siège qui vous est réservé à la maison pour errer sur les terres poussiéreuses d'autres royaumes'? Un seul faux pas, et vous vous écartez de la Voie tracée toute droite devant vous. Vous avez eu la chance unique de prendre forme humaine. Ne perdez pas votre temps. Vous apportez votre contribution à l'œuvre essentielle de la Voie du Bouddha. Qui prendrait un plaisir vain à la flamme jaillie du silex ?

Forme et substance sont comme la rosée sur l'herbe, la destinée semblable à un éclair - évanouies en un instant. Je vous en prie, honorés disciples du Zen, depuis longtemps habitués à tâter l'éléphant dans l'obscurité, ne craignez pas le vrai dragon. Consacrez vos énergies à la Voie qui indique l'absolu sans détours. Respectez l'homme réalisé, qui se situe au-delà des actions des hommes. Mettez-vous en harmonie avec l'illumination des Bouddhas ; succédez à la dynastie légitime du satori des patriarches. Conduisez-vous toujours ainsi, et vous serez comme ils sont. Votre chambre au trésor s'ouvrira d'elle-même, et vous en userez comme bon vous semblera.

 

Comparaisons de traductions[15].

兀兀坐定思量箇不思量底不思量底如何思量?非思量!此乃坐禪之要術也

gotsu gotsu toshite zajô shite, kono fushiryô tei o shiryô seyo. Fushiryô tei ikan ga shiryô sen. Hi shiryô. Kore sunawachi zazen no yôjutsu nari.

 

« …Immobilisez-vous dans une position assise stable. Pensez à ne pas penser.

Comment pense-t-on à ne pas penser ? Non pensée.

Cela en soi est l'art essentiel du zazen. »                                   (Maître Deshimaru)[16]

 

« … immobilisez-vous dans une position assise stable. Pensez à ne pas penser.

Comment pense-t-on à ne pas penser ? Au-delà de la pensée (hishiryo).

Cela en soi est l'art essentiel du zazen. »                                  (site zen-deshimaru)[17] 

 

« …Immobilisez-vous dans une position assise stable. Pensez du tréfonds de la non-pensée.

 Comment pense-t-on du tréfonds de la non-pensée ? C’est l’au-delà de la pensée (hishiryo).

 Ceci en soi est l’art essentiel du zazen. »                                          (Site zen Nice)[18]

 

« … immobilisez-vous dans une position assise stable. Pensez à ne pas penser.

Comment pense-t-on à ne pas penser ? C’est aller au-delà de la pensée,

cela en soi est l’activité essentielle du zazen.  »                               (Site Buddhaline)[19] 

 

« …restez assis sans bouger, comme une montagne, et pensez l'état sans pensée.

Comment peut-on penser l'état sans pensée? Il est différent de la pensée.

Tel est le résumé de la méthode de Zazen. »                         (Site du zen Montpellier)[20]

 

« Sit immovably in the mountain-still state, and think the concrete state of not thinking.

How is it possible for us to think the concrete state of not thinking ? It is just different from thinking.

 This is just the abreviated technique of Zazen. »                          (Gudo NISHIJIMA)[21]

 

«  (…rock your body …) into steady, immovable sitting. Think of not thinking.

Not thinking: What kind of thinking is that ? Letting thoughts go (Nonthinking).

This is the essential art of zazen. »                                                         (Site Antaji)[22]

 

« Sit cross-legged steadily. Think the unthinkable.

How do you think the unthinkable ? Think beyond thinking and unthinking.

This is the important aspect of sitting. »                                                 (site Zenki) [23]

 



[1] Dans l'école Sôtô, c'était un des textes vénérés, et il paraît qu'on le récitait lors des séances de méditation du soir, et dans d'autres circonstances. Moi-même j'ai débuté dans l'école Sôtô en 1975 avec Raymond Lambert, un disciple direct de maître Deshimaru, il nous a donné Fukanzazengi sans le commenter, c'est d'ailleurs le seul texte zen en français qu'il nous ait donné ; ensuite en 1986 j'ai rejoint l'école Rinzaï, et là aussi Fukanzazengi a été le premier texte donné.

[3] Lorsque j'étais dans l'école Sôtô, j'ai entendu dire que l'important c'était hishiryô qui était alors traduit par "au-delà de la pensée". Lors de la lecture de Zazenshin avec Yoko Orimo nous avons vu que maître Dôgen mettait plutôt l'accent sur fushiryô, et Y. Orimo, en utilisant un cercle, nous a fait découvrir fushiryô comme unité de shiryô et hishiryô. (cf la fin du message Pensée, non-pensée, ce qui n'est pas de l'ordre de la pensée (shiryô fushiryô hishiryô) : extraits de comptes rendus).

[5] En fait l'histoire de la rédaction et de la compilation du Shôbôgenzô est assez compliquée, et on n'a pas toujours compté 92 textes. Les fascicules ne sont pas classés dans l'ordre chronologique de création.

[6] Nous avons étudié ce texte en fin 2013, voir les messages du tag Bendôwa.

[7] Nous avons étudié ce texte en fin 2012, voir les messages du tag Zazengi..

[8] Nous avons étudié ce texte en 2013, voir les messages du tag Zazenshin.  

[9] Pour le titre Fukanzazengi,  voici d'autres traductions: " Pour la diffusion universelle des principes de zazen" (site zen-Deshimaru) ; "Guide universel à la méthode standard de zazen" (site zenmontpellier) ; "Propos sur l’apprentissage de la voie"  (site zen occidental) ; "A Universal Recommendation of Zazen" (site Antaji) mais certains préfèrent ne pas traduire.

[11] Elle provient du site : http://www.zen-deshimaru.com/fr/zen/fukanzazengi-de-maitre-dogen-texte-integral-en-francais. D'autres traductions existent, voir par exemple http://zenmontpellier.voila.net/fr/SBGZ/fukan2.html. Les notes de Y Orimo proviennent de Zazengi traduction mais elles ont été légèrement modifiées.

[12] Sanzen 参禅 désigne la « pratique du zen », le mot 禅 [zen] est précédé par le caractère 参 [san] qui veut dire « se réunir, se rassembler, s’associer, se joindre » et aussi « se rendre, (se) rencontrer ». Ainsi sanzen englobe la dimension collective et communautaire de la pratique et signifie, dans son sens plénier, « pratiquer zazen auprès du maître – qu’on a rencontré – et, aussi, au milieu de l’assemblée ».

[13] Voici le texte correspondant de Zazengi traduit par Y. Orimo : « En restant immobile, assis sur le sol, on pense  [shiryô] la non-pensée [fushiryô].  Comment peut-on penser la non-pensée ? C’est dans ce qui n’est pas de l’ordre de la pensée [hishiryô]." Voilà la méthode [hô 法] et l’art [jutsu 術] de la méditation assise.»

[14] (suite de la note 12). Selon la terminologie dogénienne, le terme sanzen, identifié ici tout simplement au terme zazen, est à bien distinguer du terme 習禅 [shuzen], « exercice (ou apprentissage) du zen », car shu c'est apprendre, l'image du kanji 習 shu ce sont des ailes qui battent pour apprendre à voler, shuzen c'est faire l'exercice. Contrairement à sanzen, shuzen est un zen pratiqué en tant que moyen d’obtenir l’Éveil ou l’état d’Éveillé, etc. Sanzen (la pratique du zen)  – ici identifiée à zazen– est une pratique qui ne doit être soumise à aucune finalité extérieure en tant que « moyen » d’obtenir quelque chose. C’est une pratique qui a son fondement et sa finalité à l’intérieur d’elle-même. Ainsi, à l’encontre de l’idée dualiste, la pratique du zen ne s’oppose-t-elle à rien mais, bien au contraire, elle doit englober tous les mouvements de notre vie quotidienne ainsi que toutes les activités de ce monde.

[16] Dans Le Trésor du zen éd Albin Michel p.47.

[22] http://www.antaiji.dogen-zen.de/dogen/eng-fzgi.html

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09 mai 2014

Gabyô (Une galette en tableau) en japonais

 

 GABYÔ 畫餅 (Une galette en tableau)

 

 Les ateliers des lundis 19 mai, 2 et 23 juin 2014 avec Yoko Orimo qui ont lieu à l'Institut d'Etudes Bouddhiques (Paris) portent sur le texte GABYÔ 畫餅 (Une galette en tableau).

Voici pour ceux que ça intéresserait, une version du texte japonais de Gabyô (Une galette en tableau) qui est le 24ème texte de l'Ancienne édition du Shôbôgenzô de maître Dôgen. Il contient de nombreux caractères anciens (certains existent aussi dans une autre graphie).

Après l'introduction le texte a été divisé en quatre parties correspondants aux diverses citations. Dans chaque partie les numéros correspondent, sauf erreurs possibles, aux paragraphes de la traduction de Yoko Orimo dans le tome 4 de l'édition intégrale (éd Sully).

Fichier docx : Gabyo_japonais  ; fichier pdf : Gabyo_japonais .

 

                                                                                              Christiane Marmèche

 

 

Ce texte est aussi  commenté et traduit dans un autre livre de Yoko Orimo, La Vraie Loi, Trésor de l’œil, textes choisis (Le Seuil, collection "Points-Sagesses" 2004) p. 102-113.

 

Il a fait l'objet de son livre Une galette en tableau de riz [Gabyô] (Ed. Maison Franco-Japonaise, Tôkyô 1995).

Extrait de la préface


Le fait est que jamais sans doute le bouddhisme sous toutes ses formes mais tout particulièrement dans ses divers courants tibétains et japonais, n'a joui en France d'un intérêt aussi passionné et profond, allant bien au-delà des cercles de spécialistes. Cet intérêt se manifeste non seulement dans la vie religieuse, mais aussi, et de plus en plus, intellectuel. Il semble que le jour n'est plus si loin à présent où l'on tiendra tout naturellement compte des concepts bouddhiques dans le traitement des problèmes philosophiques qui se sont jusqu'ici développés selon les modes occidentaux de réflexion. [….]Gabyô, galette en tableau

Le but que s'est fixé Mme Orimo depuis de longues années est une entreprise herméneutique : faire ressortir, par-delà le bouddhisme, toute la valeur philosophique de la pensée de Dôgen. En cela, on peut dire qu'elle se situe dans le grand mouvement japonais apparu avec Watsuji, mais, grâce à la solidité de sa formation philosophique, voire théologique – laquelle s'est effectuée en France – elle nous semble introduire dans ce mouvement une note originale qui mérite de retenir l'attention. C'est une entreprise d'interprétation, fondée sur une traduction très personnelle ; véritable œuvre herméneutique, dont Dôgen est le sujet et le prétexte, et où le travail de traduction est indissociable de celui de la réflexion. [….]

Nous avons été très intéressé par ce qu'on pourrait appeler la virtuosité de Mme Orimo dans son commentaire de ce texte si délicat de Dôgen qu'est la Galette en tableau. Elle devrait certainement susciter la réaction des dôgenistes et philosophes et un dialogue passionnant pourrait alors s'engager. C'est notre souhait pour cet ouvrage.

 

                                                 Extraits de la préface de Jean-Noël ROBERT (EPHE, Paris)

 

 

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25 avril 2014

BUSSO (Les éveillés et les patriarches) en japonais ; listes d'éveillés et de patriarches

 

 

Busso 仏祖 (Les éveillés et les patriarches)  est le fascicule n° 52 de l'Ancienne édition du Shôbôgenzô de maître Dôgen.

Ce texte Busso sera étudié lors de l'atelier animé par Yoko Orimo à l'Institut d'Etudes Bouddhiques  le lundi 5 mai 2014.

La traduction de Yoko Orimo en français se trouve dans le tome 6 de sa Traduction intégrale (éd Sully 2012).

 

Voici le texte japonais dans des fichiers à télécharger :

en fichier docx : Busso_japonais  et en fichier pdf : Busso_japonais .

 Remarque : les chiffres indiqués pour classer les 6 éveillés mythiques plus Shakyamuni, et les 28 patriarches indiens (I, II... 1°, 2°...) ne figurent pas dans le texte japonais initial.

Voici ces deux listes (la transcription des noms est approximative) :

 

Nom en pali

Noms en Japonais

I

Vipassin

Bibashi

II

Shikhin

Shiki

III

Vessabû

Bishafu

IV

Kondanna

Kuruson

V

Konâgamana

Kunagonmuni

VI

Kassapa

Kashô

VII

Shakyamuni

Shâkyamuni

 

 

INDE

 

Noms en Sanskrit

Noms en Japonais

1

Mahâkâçyapa

Makakashô

2

Ânanda

Ananda

3

Shanavâsin

Shônawashu

4

Upagupta

Ubakikuta

5

Dhîtika

Daitaka

6

Meçaka

Mishaka

7

Vasumitra

Bashumitsu

8

Buddhanandi

Butsudanandai

9

Buddhamitra

Fudamitta

10

Pârshva

Barishiba

11

Punyayshas

Funayasha

12

Ashvaghosha

Anabotei

13

Kapimala

Kabimora

14

Nâgârjuna

Nagyaharajuna

15

Kânadeva

Kanadaiba

16

Râhulabhadra

Ragorata

17

Sanghânandi

Sôgyanandai

18

Gayâçata

Kayashata

19

Kumârata

Kumorata

20

Jneyatâ

Shayata

21

Vasubandhu

Bashubanzu

22

Manorhita

Manura

23

Haklenayashas

Kakurokuna

24

Simha Bhikshu

Shishibodai

25

Vâsishta

Bashashita

26

Punyamitra

Funyomitta

27

Prajñâtâra

Hannyatara

28

Bodhidharma

Bodaidaruma

 

                                                                                               travail réalisé par Christiane Marmèche

 

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14 février 2014

Shisho (Actes généalogiques) en japonais, et photo d'un acte généalogique.

 

Voici pour ceux que ça intéresserait, en fichier docx et pdf, une version du texte japonais de Shisho (Actes généalogiques) qui est le fascicule n° 39 de l'Ancienne édition du Shôbôgenzô de maître Dôgen. Les numéros ajoutés en début de paragraphes correspondent, sauf erreur possible, aux paragraphes de la traduction de Yoko Orimo dans le tome 7 de la Traduction intégrale (éd Sully 2013).Ce texte fait l'objet de trois séances des ateliers du Shôbôgenzô qui ont lieu à l'Institut d'Etudes Bouddhiques, les 17 février, 3 et 17 mars 2014.

Fichier docx : Shisho_japonais et fichier pdf : Shisho_japonais.

 

Ci-dessous la reproduction d'un acte généalogique (certificat de succession) qui vient du site http://tradewhat.blogspot.fr/2010/06/blog-post_07.html où vous le trouvez aussi en partie en  "vraie photo". Sur le site http://www.hycadventures.com/page51.php vous avez des explications concernant les textes écrits dessus.

Ce certificat de succession a été présenté à Dôgen en 1227 par son maître Nyojô (Rujing), abbé du monastère Tian-tong en Chine. Il est préservé à Eihei-ji, le temple zen fondé par Dogen en 1244, et constitue un trésor national du Japon.

 

Certificat de succession

 

 

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03 février 2014

Notre groupe d'étude, le 20 janvier 2014

atelier shobogenzo 2014 janvier

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30 janvier 2014

6ème cours d'initiation à la langue japonaise. Origine des kanas. Les 4 étapes de lecture du Hannya Shingyô

Pour lire, télécharger, imprimer, c'est ici en fichier docx : 6eme_cours_japonais ;

et en deux fichiers pdf : 6eme_cours_japonais_1ere_partie : 6eme_cours_japonais_2eme_partie.

 

6ème cours d'initiation à la langue japonaise

Par Yoko Orimo

 

Voici la transcription d'une grande partie du cours qui a eu lieu à l'Institut d'études Bouddhiques le 27 janvier 2014. Après quelques remarques concernant le film "Tel père tel fils", Yoko Orimo a parlé de l'origine et de la formation des kanas. Ensuite, à partir d'une photocopie d'un livre de poche japonais du sûtra Hannya Shingyô, le passage de l'écriture chinoise à la lecture du sûtra pour aujourd'hui a été abordée, elle continuera la prochaine fois. Ensuite il y a des précisions sur l'emploi de wa et ga, sur le langage familier, puis (mais c'est uniquement dans les fichiers pdf et docx) des exercices sur les verbes et enfin des éléments d'une conversation téléphonique.

La photo du tableau donnant l'origine des hiraganas vient du catalogue de l'exposition au Musée Guimet : "100 maîtres calligraphes contemporains du Japon", p.35, elle n'est pas dans les fichiers word et pdf.

                                                                                                                   Christiane Marmèche

 

Y O : Tout d'abord j'aimerais modifier la conversation de début de cours en remplaçant "Commençons" par "Commençons l'étude du japonais" : nihongo no benkyô wo hajimemashô.

Tel père tel fils.

J'aimerais dire un mot sur le film japonais « Tel père tel fils » de Kore-Eda Hirokazu sorti en 2013 qui est encore actuellement dans des salles de cinéma. En fait le titre en japonais c'est Soshite chichi ni naru (そして父になる) « C'est ainsi qu'on devient père ».

C'est un film magnifique que je qualifierais de contemplatif. Il est extrêmement profond. Ça n'est pas un film d'action ni un psychodrame. C'est quelque chose qui arrive dans la vie quotidienne. La réalité du Japon a été filmée avec une profondeur inouïe.

Ceux qui l'ont vu ont sans doute repéré quelques mots japonais qui reviennent. En particulier dans la bouche des petits les mots sont faciles à capter.

Pourquoi ?

Tout d'abord il y a un mot que le garçon prononce souvent : nande (Pourquoi ?). J'en profite pour vous donner quatre façons de dire pourquoi en japonais.

Nande (なんで) : c'est plutôt familier et ça se trouve aussi dans la bouche des petits. Mais dans un lieu officiel l'utiliser est un peu impoli.

Naze (なぜ) : c'est un peu plus officiel, mais entre amis ça suffit.

Naze desu ka  (なぜですか) : c'est encore plus poli et c'est à utiliser pour une personne que vous ne connaissez pas trop bien.

Dôshite (どうして) : c'est assez familier. Ce mot a une nuance différente par rapport à nande. Dôshite c'est : "Comment ça va ?".

Pardon.

Par ailleurs dans le film les petits-enfants disent souvent aux parents « Gomen nasai (ごめんなさい) » ou « Gomen ne (ごめんね) » qui sont deux façons de dire « pardon » ou « désolé ». Ces deux mots s'utilisent qu’on soit enfants ou adultes quand on a fait une bêtise ou une erreur, « gomen ne » s'utilisant plutôt dans un contexte amical.

P F : Et pour dire « pardon est-ce que vous pouvez m'indiquer le chemin ? »

Y O : Dans ce cas-là on dit « sumimasen (すみません) » qui a le sens de « excusez-moi ».

 

I) Origine et classification des kanas ; la lecture de sûtra

 

1°) L'origine et la classification des kanas.

Maintenant regardons la façon dont les Japonais ont inventé les kanas à partir des caractères chinois. Je vais vous donner quelques éléments du dernier cours de M. Jean-Noël Robert au Collège de France[1], celui du 21 janvier.

Le cours de cette année est consacré à étudier l'école japonaise ésotérique Shingon (La parole de la vérité). Le fondateur de cette école s'appelle Kûkai (空海)[2], (774-835). Son nom signifie « océan de la vacuité ». Il est de l'époque Héian, et c'est surtout lui qui a travaillé pour établir le syllabaire japonais. Il était non seulement un grand moine très intelligent, mais aussi un génie littéraire. Il a laissé beaucoup d'ouvrages de très haute qualité. Au niveau de son génie il ressemble à maître Dôgen. C'est dire que sa capacité intellectuelle dépasse largement le domaine purement bouddhique. Il est aussi connu comme grand maître de calligraphie.

Liste et origine des hiraganas, catalogue musée Guimet expo 2013

Si vous regardez la page du syllabaire ci-dessus, vous voyez qu'il y a cinq voyelles A, I, U, E, O, et qu'à chacune correspondent des syllabes : KA SA TA NA HA MA YA RA WA N … En tout il y a une cinquantaine de phonèmes.

Cet ordre du syllabaire japonais provient en réalité de l'alphabet sanskrit brahmanique.

Les kanas, qu'il s'agisse des hiraganas ou des katakanas, ont une origine bouddhique car c'est dans le milieu monastique du bouddhisme qu'ils ont été inventés aux alentours du VIIIe siècle. Je vous rappelle que les caractères chinois ont été introduits au Japon en même temps que le bouddhisme au milieu du VIe siècle. Et donc, fin du VIIIe – début du IXe siècle, les japonais ont établi ce syllabaire selon l'ordre de l'alphabet brahmanique.

F M : C'est tout à fait vrai. Et en sanskrit l'ordre des voyelles est fonction du placement dans la bouche des voyelles ou des syllabes consonantiques[4]. Le classement n'est donc pas fait selon un ordre logique mais selon un ordre phonologique.

Y O : C'est donc très différent de l'alphabet européen où il n'y a pas d'ordre de ce genre.

Donc vous voyez déjà qu'il y a au moins deux sources pour les kanas :

– au niveau de la forme, les Japonais ont inventé les kanas à partir des kanjis chinois.

– au niveau de l'ordre de la prononciation et de l'établissement du syllabaire, ça vient du sanskrit brahmique.

Et à l'origine c'était d'abord pour faciliter la mémorisation du sûtras. Autrement dit les kanas étaient considérés comme un instrument langagier, comme un moyen mnémotechnique dans le milieu monastique bouddhique.

Quand vous aurez appris la cinquantaine de phonèmes du syllabaire, je vous donnerai un très bel exemple qui reprend tout le syllabaire, il s'agit du Sûtra de l'extinction, livre13.

Il y a une autre raison pour laquelle Kûkai a travaillé pour établir les kanas, c'est l'importance des phonèmes pour accéder à la vérité ésotérique qui est la parole de la vérité.

Et on peut déjà dire des choses à partir du mot sino-japonais 仮名 kana lui-même, qui se prononce aussi kemyô. En effet le caractère 仮 ka (ke) veut dire provisoire, donc c'est de l'ordre du phénomène (shiki). Et comme shiki (le phénomène) est en opposition avec kû (la vacuité), 仮 ka (ke) est en opposition avec la vacuité. Les kanas étaient donc considérés comme des moyens habiles pour accéder à la vérité en soi qui est inaccessible : c'est un moyen habile (ou un expédiant salvifique) hoben 方便 (skr. upâya). Tout ce système d'écriture est chargé de sens doctrinal bouddhique.

Kûkai a considéré ces phonèmes comme moyen d'accéder à la vérité de shingon, à la parole de la vérité qui est en soi inaccessible.

F M : Autrement dit il a retrouvé ce qu'en sanskrit on appelle des mantras. Ce sont des formules qui permet d'accéder directement à la réalité ultime. Vous en connaissez certainement. Par exemple « Oṃ maṇi padme hūṃ », ou simplement « Oṃ ».

Y O : Voilà, c'est exactement cela. On peut également ajouter à côté des mantras, dhârani 'les formules détentrices".

F M : Les kanas ont donc un usage mnémotechnique, mais servent aussi de mantras. C'est un moyens habiles de la part de Kûkai d'utiliser les kanas pour les mantras.

Y O : Ce qui compte ce sont les phonèmes et aussi les graphèmes.

 

2°) Les 4 étapes concernant la lecture de Hannya Shingyô.

Maintenant je passe au deuxième document que je vous ai donné. Il est extrait de Hannya Shingyô, en livre de poche, Editions Iwanami, p.10-11. La traduction est faite par Nakamura Hajime (un très grand indianiste) et Kino Kazuyoshi. Ces deux pages correspondent à la première partie de Hannya shingyô 般若心経 (Le sûtra du cœur ) que les pratiquants du zen récitent très souvent mais qui fait partie aussi d'autres traditions du bouddhisme. Il s'agit du système de conversion de l'écriture chinoise en écriture japonaise dont j'ai déjà parlé pendant le deuxième cours. Le texte original chinois ne figure pas sur ce document. Il y a donc en tout quatre étapes.

Première étape : hakubun 白文, le texte chinois "nu".

Le document initial est en kanbun 漢文, l'écriture des Han. Le texte ne comporte aucune ponctuation. Le sûtra est "nu", et cela s'appelle hakubun 白文 (le texte blanc).

Deuxième étape : lecture on .

Hannya Shingyô avec lecture on (phonétique)

Sur le texte ci-contre[5] vous avez la lecture on : le texte chinois n'a pas changé, mais deux choses ont été ajoutées : d'une part la ponctuation, et d'autre part à droite de chaque kanji vous avez des hiraganas qui vous donnent les sons de la lecture. En effet, il n'est pas évident que les moines connaissent la prononciation de tous les caractères chinois.

Voici le premier kanji du haut 


Cette lecture des hiraganas à côté des Kanji s'appelle furigana (振り仮名), c'est ce qui donne la prononciation.

Ici les kanas utilisés sont des hiraganas, mais à l'époque médiévale les furiganas étaient des katakanas. L'édition que je possède et une édition moderne, et ils ont préféré mettre des hiraganas, ce qui est le cas de façon générale aujourd'hui. Autrefois donc, c'était des katakanas, et les hiraganas était utilisé pour écrire des poèmes et des romans.

Voici ce qui correspond à la première colonne (celle de droite):

般若波羅蜜多心経

はんにゃはらみったしんぎょう

HANNYA HARAMITTA SHINGYÔ

Voici la lecture de ce qui se trouve ensuite sur la photo :

KANJIZAI BOSATSU GYÔ JIN HANNYA HARAMITTA JI [6] SHÔKEN GO UN KAI KÛ DO ISSAI KUYAKU. SHARISHI[7]. SHIKI FU I KÛ KÛ FU I SHIKI. SHIKI SOKU ZE KÛ KÛ SOKU ZE SHIKI. JU SÔ GYÔ SHIKI YAKUBU NYO ZE. SHARISHI. ZE SHOHÔ KÛSÔ. FU SHÔ FU METSU FU KU FU JÔ.

 

 

Troisième étape : lecture kun ou Kaki-kudashi 書き下し.

À cet étape on transpose la syntaxe chinoise en syntaxe japonaise. Le titre ne change pas et je vous invite à regarder le début du texte.

Hannya Shingyô en lecture kun (à la japonaise)

En chinois comment français le verbe se trouve en tête, donc gyô (pratiquer) est en début de phrase dans la lecture on, et se trouve vers la fin dans la lecture kun ; plusieurs hiraganas ont été ajouté, et le dernier caractère est en lecture kun.

Hannya Shingyô, comparaison pour le début

Vous voyez qu'il y a des ajouts de particules (no, (w)o…) et de terminaisons. Donc entre le texte chinois et cette étape, beaucoup de choses ont été ajoutées (ponctuation, particules …), un choix a été fait dans toutes les possibilités de départ. C'est avec ce fait qu'il y a plusieurs possibilités au départ dont maître Dôgen (et d'autres maîtres) joue.

Vous voyez aussi des numérotations apparaître à droite : 一 ; 二 ; 三 ; 四 ; 五 ; 六 ….

et à partir de 10: 一〇 ; 一一 ; 一二 ; …… puis 20 :  二〇…

 

Quatrième étape : traduction en japonais moderne (Gendaigo-yaku 現代語訳 ou hô-yaku 邦訳).

 

Hannya Shingyô en traduction moderne

Ce que vous avez ici est le texte traduit, paraphrasé. En effet même dans la troisième étape, le texte n'est pas forcément compréhensible par tous les Japonais d'aujourd'hui. En particulier il y a beaucoup de mots qui appartiennent au bouddhisme, et lors de cette 4ème étape on les remplace par d'autres mots. C'est le même contenu mais avec des mots modernes.

Prenons par exemple ce qui se trouve dans la 5ème colonne à partir de la droite, ça correspond au chiffre 20 écrit en kanji : 二〇.

  En chinois  

  Lecture on  

  Lecture kun  

  Traduction pour aujourd'hui  

舍利子

舍利子

sha ri shi

舍利子よ

Sharishi yo

ツァーリプトラよ

Shâriputora yo (= Shariputra')

Si on récapitule ces 4 étapes  : (1) Hakubun 白文, (2) lecture On 音, (3) lecture Kun 訓 ou Kaki-kudashi 書き下し, (4) Traduction en japonais moderne : Gendaigo-yaku 現代語訳 ou Hôyaku 邦訳.

On va s'arrêter là pour aujourd'hui. On continuera la prochaine fois.

 

II) Suite de l'initiation au japonais

 

1°) Complément sur ga et wa qui indiquent le sujet.

Deux d'entre vous m'ont demandé de préciser la différence qui existe entre les deux particules ga が et wa は (ha は quand il fonctionne comme sujet se prononce wa) qui concernent toutes les deux le sujet.

La particule wa は est neutre, et on utilise ga が pour indiquer le sujet quand il y a le choix.

Premier exemple

Si vous vous présentez dans une assemblée, vous dites :« Watashi wa Durand desu (Je suis Madame Durand) »  ou « Watashi wa Patrick desu (Je m'appelle Patrick) » …

Mais supposons qu'il y ait plusieurs dames et que je demande « Qui (= Laquelle) est Mme Dupont ? » Elle est là, et elle va répondre :« Watashi ga Dupon desu (Je suis Madame Dupont) »  elle ne dira pas wa parce que c'est trop neutre.

Deuxième exemple.

Dans la pièce il y a plusieurs parapluies de couleurs différentes et je demande : «  Kore ga Marie no kasa desu ka これマリーのかさですですか。(Lequel est le parapluie de Marie ?) » « Kore ga Marie no kasa desu これが マリーの かさです。(C'est celui-ci qui est le parapluie de Marie.) »

Troisième exemple.

Dans le Dôjô du monastère, après le repas, souvent on demande « Qui fait le samu ? » et parfois c'est le silence. Et je dis : « Watashi ga yarimasu わたし が やります(Je le fais) ».

Vous ne connaissez pas encore le verbe faire dont l'infinitif est yaru (やる). En effet comme vous ne connaissez pas les kanas correspondants je ne vous l'ai pas encore donné. Il y a deux verbes pour dire faire en japonais : yaru est assez familier ; suru (する) est plus officiel mais irrégulier : « Watashi ga shimasu わたしがします (Je le fais) »  .

Quatrième exemple.

Dans une boutique une maman demande à son enfant : « Dore ga ii どれがいい (Lequel tu préfères ?) » c'est-à-dire « Lequel te plaît ? » Et l'enfant répond en choisissant : « Kore ga ii これがいい (Celui-ci) ».

 

2°) Compléments sur la lecture familière.

Une deuxième remarque à propos de la façon dont transforme le langage officiel en langage familier. Je vous donne un seul exemple.

« J'achète celui-ci » : Watashi wa kore wo kaimasu  わたし は これ を かいます

On ne parle presque pas comme ça en famille, ce serait un peu comme si vous utilisiez le vouvoiement en famille. On transforme pour dire la même chose d'une manière familière :

– on enlève les particules ;

– on met le verbe à l'infinitif.

D'où : Watashi kore ka.u  わたしこれ かう

C'est beaucoup plus facile pour vous !

 

3°) Exercices sur l'utilisation des verbes (voir les fichiers doxc et pdf)

4°) Conversation téléphonique. (voir les fichiers doxc et pdf)

Vocabulaire nouveau (résumé). (voir les fichiers doxc et pdf)



[2] Il est aussi connu sous le nom posthume de Kôbô-Daishi (弘法大師).

[4] L'ordre alphabétique en transcription traditionnelle est : a ā i ī u ū ṛ ṝ ḷ ḹ e ai o au… Voir par exemple http://www.sanskrit.org/www/Sanskrit/SanskritPronunc.htm .  

[5] C'est une photcopie agrandie, le texte du livre est très petit. Dans le compte-rendu du 2ème cours de langue japonaise vous avez un texte entier du Hannya Shingyô bien plus lisible. 2ème cours d'initiation à la langue japonaise

[6] Il y a parfois des différences au niveau de cette lecture on. Par exemple la récitation est légèrement différente dans les écoles Sôtô et Rinzai. Ainsi, au début :

    Lecture Sôtô : Kan-ji-zai bo-satsu, gyô jin han-nya ha-ra-mit-ta ji  

    Lecture Rinzai : Kan-ji-zai bosa, gyô jin han-nya ha-ra-mi-ta ji

[7] Ce terme est étudié dans la 4ème étape, voir page suivante.

 

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