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Ateliers d'étude du Shôbôgenzô avec Yoko Orimo
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22 mai 2013

Peintures de Seshû et de Hakuin

 

Peintures de Seshû et Hakuin

 

Présentées à l'exposition de 1963 au Petit Palais

 

Exposé du peintre François Aubin dit Barbâtre

 

Extrait de la 1ère  séance sur le texte Hatsu.u (Le bol à aumônes)

2 février 2013 au Dojo Zen de Paris

 

1°) Peinture de Seshû.

 

Barbâtre (F A) : Vous avez ci-dessous la reproduction du tableau  de Seshû

peinture seshû 3

Voici l'historique de ce tableau. Il est venu à Paris exceptionnellement en 1963 car c'était la première fois qu'il sortait du Japon. À l'époque Malraux était ministre de la culture et avait de très bonnes relations avec le Japon. C'est lui qui a organisé une exposition au Petit Palais sur les trésors de l'art du bouddhisme zen au Japon. Cette exposition s'appelait « L'au-delà de l'art japonais ». Au catalogue il y avait 180 numéros et notamment cette peinture exceptionnelle d'un peintre de l'époque Muromachi qui s'appelle Seshû[1].

Et il faut comprendre une chose fabuleuse : Malraux a prêté la Joconde au Japon pour avoir ce tableau ! C'est pour vous dire. Les Japonais ont prêté ce tableau de bon cœur mais il faut comprendre que cette peinture est peinte sur papier, qu'elle n'est jamais exposée, c'est-à-dire qu'elle est arrivée dans un état parfait à Paris. En effet au Japon les peintures de ce genre sont roulées, mises dans des boîtes, on les sort une fois par an deux ou trois jours pour les aérer, puis on les remet en rouleau dans les boîtes. Donc la fraîcheur est restée depuis la fin du XVe siècle jusqu'à nos jours. Cette peinture a été montrée 15 jours au Petit Palais et les spécialistes ont démontré qu'en 15 jours elle avait vieilli de 40 ans. Donc c'est tout à fait exceptionnel.

C'est une peinture à l'encre sur papier. Elle fait 2 m de haut sur 1 m 50 de large. J'en ai gardé un souvenir fabuleux. Bodhidharma est dans la grotte, et à côté le jeune moine Eka essaie de le convaincre de le prendre comme disciple. Et ce qu'il y a de très étonnant dans cette peinture c'est qu'il y a une intensité des noirs de la grotte qui est extrême, c'est noir-noir, mais en même temps c'est transparent. C'est ça le génie : ce n'est pas bouché. Et Bodhidharma est extrêmement concentré face à ce mur (à cette muraille). Son œil est comme un poing fermé (mais il est ouvert), et il y a une correspondance entre le noir de la muraille et le noir de l'œil. C'est-à-dire que Bodhidharma n'écoute rien, il est en zazen et il est complètement dans sa méditation.

En contraste il y a le jeune Eka qui est assez féminin, les traits de son corps sont extrêmement doux. Il est dans la neige (elle arrive jusque dans la grotte). Eka tient son bras qu'il a coupé et la seule note de couleur de ce grand tableau c'est une toute petite tache de rose qui marque la coupure.[2]

 

2°) Peintures de Hakuin

 

Dans l'exposition il y avait beaucoup d'autres choses exceptionnelles. Je vous ai aussi apporté deux reproductions de peintures de maître Hakuin qui sont des agrandissements de photos du catalogue :

Première photo : deux tableaux avec Bodhidharma,

peinture Hakuin Bodhidharma

 

Deuxième photo : trois tableaux de moines, celui du milieu est en méditation assise (ils font 1 m 50 de haut).

peinture hakuin 3 moines

 

À l'époque de Bodhidharma le zen était extrêmement sérieux puisqu'on allait jusqu'à se couper le bras pour suivre un maître. Hakuin, un peintre du XVIIIe siècle a introduit une sorte de douceur dans le zen, c'est-à-dire qu'on s'est quand même pris un peu moins au sérieux. Hakuin est un très grand maître qui a introduit l'humour dans le zen.

Hakuin a fait des portraits humoristiques de moines en méditation. Dans la deuxième reproduction il y a trois moines avec leurs petites chaussures posées sur les tabourets en premier plan. Il faudrait pouvoir traduire les caractères qui se trouvent sur les tableaux. Ce sont quand même des tableaux qui font 1 m 50 de haut. Ce ne sont pas des miniatures, ce sont de grands tableaux. Et c'est vraiment admirable de peinture.

F M : Tu dis que Hakuin est moins austère et qu'il a de l'humour. Mais avec Christiane on a partagé la vie des moines (zazen, samu…) au temple de Hakuin, le Ryūtaku-ji[3]. Derrière le temple qui est situé dans la montagne, il y a de beaux arbres et des statues de moines. On a demandé à l'interprète français qui pratiquait le zen avec nous quel était le sens de ces statues, et très froidement, il nous a dit : « Ce sont tous les moines qui ne sont pas parvenus à l'éveil mais qui sont morts en méditation ». C'est de l'humour de ce genre ! Et la vie au temple est assez rude.

F A : Ça reste une affaire sérieuse même si c'est fait avec beaucoup d'humour. Il y a beaucoup d'énergie et de concentration.

Dans l'exposition il y avait aussi des sculptures primitives très anciennes (des tombes) [François montre les photos dans le catalogue].

Y O : Ce sont des haniwa 埴輪.

F A : Il y avait aussi beaucoup de calligraphies. Des expositions comme celle-là il y en a une par siècle.



[1] Ce tableau date de 1496 et se trouve en permanence à Sainen-ji, Aichi, Japon. C'est l'œuvre de Seshû Tôyô (雪舟 等楊) (1420-1506).

[2] Quelques temps après F. Aubin nous a dit que s'il avait de nouveau à présenter ce tableau il le présenterait autrement car il avait découvert de nouvelles choses.

[3] Le Ryūtaku-ji (龍沢寺) est le temple Rinzai fondé par maître Hakuin Ekaku 白隠 慧鶴 (1686-1769) en 1761, il est situé à Mishima au Japon.

 

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