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Ateliers d'étude du Shôbôgenzô avec Yoko Orimo
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24 mai 2013

Extraits des Entretiens de Mazu : l'éveil de Mazu

 

Ce message est téléchargeable ici en fichier docxExtrait_des_entretiens_de_Mazu ;

ou en fichier pdfExtrait_des_entretiens_de_Mazu .

 

Extrait des Entretiens de Mazu pour l'étude de Zazenshin

 

Ceci est tiré du livre de Catherine Despeux[1], éd. Les Deux Océans, Paris 1980, p. 34-37 avec une partie des notes, et mis à disposition sur le blog  dans le but de donner le texte où maître Dôgen a puisé pour rédiger la 2ème partie de Zazenshin : le dialogue de Nangaku et Daijaku (Mazu).

Mazu

 

L'éveil de Mazu

 

Pendant l'ère Kaiyuan (717-742) de la dynastie des Tang, il (Mazu) s'exerce à la méditation[2] au monastère de la transmission de la loi (chuanfa yuan) du pic Heng. Il y rencontra l'abbé Rang[3] qui vit tout de suite qu'il était un bon ustensile pour la doctrine[4].

Huairang lui demanda un jour : « Révérend, dans quel but êtes-vous assis en méditation ? »

Le maître (Mazu) répondit : « Pour devenir Buddha. »

(Huai)rang prit alors un morceau de brique et se mit à le polir devant l'ermitage de Mazu.

Le maître (Mazu) demanda : « Que voulez-vous faire en polissant ce morceau de brique ? »

 

Huairang répondit : « Je la polis pour en faire un miroir. »

 

Le maître (Mazu) dit : « Comment peut-on obtenir un miroir en polissant une brique ? »

Huairang répondit : « Si l'on ne peut obtenir un miroir en polissant une brique, comment peut-on devenir Buddha en restant assis en méditation ? »

Le maître (Mazu) demanda : « Alors, que dois-je faire ? »

Huairang lui répondit : « Il en est comme d'un buffle attelé à une charrette. Si la charrette n'avance pas, doit-on fouetter le buffle ou la charrette ? »

Le maître (Mazu) resta sans réponse.

(Huai)rang poursuivit : « Désires-tu apprendre à être assis en dhyâna ou à être assis en Buddha ? Si tu veux apprendre à être assis en dhyâna[5], sache que le dhyâna ne relève ni de la position assise ni de la position couchée. Si tu veux apprendre à être assis en Buddha, sache que le Buddha n'a pas de caractéristiques déterminées. Au sein du dharma de l'absence de résidence[6], ne fais écho ni à l'obtention, ni au détachement. Tu es assis en Buddha, tu tues le Buddha. Si tu t'attaches à la notion de position assise, tu n'atteindras pas la vérité absolue. »

Après avoir reçu cet enseignement, le maître (Mazu) eut l'esprit ravi comme s'il eut bu le nectar le plus exquis[7]. Il se prosterna et demanda : « Comment utiliser le Cœur afin qu'il reste uni au samâdhi[8] sans caractéristiques ? »

(Huai)rang dit :

« La méthode bouddhique de la terre du Cœur[9] que tu étudies est le grain que l'on sème.

Les principes bouddhiques fondamentaux que je t'expose sont les ondées du ciel.

Les conditions karmiques sont réunies.

Et tu peux voir la Voie. »

Mazu demanda : « La Voie n'a pas de caractéristique formelle, comment peut-on la voir ? »

Rang répondit : « On peut voir la Voie avec l'Œil de la Loi[10] de la terre du Cœur : on peut voir de même le samâdhi sans caractéristiques. »

Le maître (Mazu) demanda : « Y a-t-il ou non production et destruction ? »

Rang répondit : « Celui qui considère la Voie en termes de production et de destruction, d'accumulation et de dispersion, ne voit pas vraiment la Voie. Écoute ma stance :

La terre du Cœur contient toutes les semences,

Qui bourgeonnent au contact de l'humidité.

La fleur du samâdhi est dénuée de caractéristiques,

Comment y aurait-il destruction et accomplissement ? »

Le maître connut alors l'éveil, son cœur et sa pensée furent ravis. Il servit son maître durant dix automnes, pénétrant chaque jour davantage le sens merveilleux et mystérieux (de la réalité).



[1] Catherine Despeux est administratrice et enseignante de l’Institut d’Etudes Bouddhiques, sinologue, chercheur au CNRS, professeur honoraire de l'Inalco en langue et philosophie chinoises, c'est une spécialiste de l'histoire de la médecine et des religions chinoises. Elle a traduit des textes et dirigé l'édition de Bouddhisme et lettrés dans la Chine médiévale (Peeters, 2002). Elle a participé à deux  émissions de Sagesses Bouddhistes sur le chan http://www.youtube.com/watch?v=NHVf8NdVrLo   http://www.youtube.com/watch?v=kTEfu1BO3cw

[2] Ding ou samapatti état de fusion du méditant et de son objet. Dans le Chuandeng tu et le Wudeng huiyuan c'est le mot chan qui se trouve à la place de ding.

[3] L'abbé Rang, c'est-à-dire Nanyue Huairang (677-744) qui fut le maître principal de Mazu. Nanyue était le disciple de Huineng le sixième patriarche et fondateur présumé de l'école subitiste du Sud.

[4] Faqi : disciple qui s'avère un bon récipiendaire pour la doctrine. Terme fréquemment employé dans le bouddhisme chan.

[5] Zuochan : exercices de base du bouddhisme chan qui consiste à s'asseoir les jambes croisées en lotus et à contempler la nature propre du Cœur. Bodhidharma, premier patriarche de l'école chan en Chine selon la tradition aurait grandement contribué au développement de cet exercice.

[6] État dans lequel toutes choses apparaissent comme évanescentes : les choses n'ayant pas d'existence en soi, elles sont comme les images d'un rêve.

[7] Nectar : terme utilisé dans le Lankâvatârasûtra. On le trouve auss à plusieurs reprises dans le Mahapa-rinirvânasûtra : « Du buffle sort le lait, du lait et une boisson fermentée, de cette boisson fermentée un alcool, de cet alcool cuit le nectar le plus exquis. Il en est de même de Buddha. De lui sont issus les textes des 12 sections, de ces textes les sûtra, des sûtra les Mahâvaipulva, des Mahâvaipulva la Prajnâpâramitâ, de la Prajnâpâramitâ, la grande extinction (nirvâna) qui est un nectar. Le nectar est une métaphore pour la nature de Buddha. »

[8] Le samâdhi et un état indéfinissable, sorte de contemplation ou d'absorption. Il existe plusieurs sortes de samâdhi : le samâdhi de la vacuité, le samâdhi sans caractéristiques, le samâdhi de la bienveillance, etc.

[9] Terre du Cœur : notion fondamentale du bouddhisme chan. Il existe un « soutra de la contemplation de la terre du Cœur issu originellement du Grand Véhicule » (T. 159) qui fut traduit en chinois par Prajnâ.

Le Lankâvatârasûtra a développé un système idéaliste dans lequel tout est création du Cœur, ce qui a pour corollaire le fait qu'il n'y a que le Cœur. (…). Toutefois cette notion n'est pas spécifique au Lankâvatârasûtra, on la trouve (…) surtout dans le Mahâyânasraddhotpâdasastra où il est dit : « Comme toutes les choses s'élèvent du Cœur… toutes les choses sont comme les reflets dans un miroir. » Il faut rappeler que le chan a aussi été appelé « école du Cœur » ou « école du Cœur des Buddha ». Cette notion de Cœur unique constitue le pivot de l'enseignement de Mazu, qui n'aurait certainement pas renié la phrase suivante de Huangbo, l'un de ses disciples à la deuxième génération : « Le Buddha et les êtres sont un même Cœur unique, il n'y a pas d'autre réalité. » Ce Cœur est comparé à une terre nourricière qui engendre toutes choses, et le terme « terre du Cœur » (xindi) devient le fondement métaphysique du chan comme l'atteste un passage de la biographie de Bodhidharma (…). ('Introduction p. 21-22).

[10] Œil du bodhisattva capable de pénétrer toutes choses, d'avoir une vision directe de la réalité. Après Mazu, le fondateur de l'une des cinq branches du chan aura pour nom «Œil de la Loi » (Fayan).

 

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