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Ateliers d'étude du Shôbôgenzô avec Yoko Orimo
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Ateliers d'étude du Shôbôgenzô avec Yoko Orimo
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27 mars 2013

D'où vient le mot moine ?

 

D'où vient le mot moine ?

 

    J'entends souvent dire que le mot français "moine" vient du grec monos qui signifie "seul" et que le monachisme chrétien a pour impératif de se retirer de la société et de vivre seul afin de se rapprocher de Dieu. Je ne suis pas d'accord avec cette définition de monos ni cette approche du moine chrétien. Pour autant je comprends tout à fait que les moines bouddhistes se posent la question de l'appellation moine.Il me semble qu'il est bon de s'approcher mieux de ce qu'est réellement un moine chrétien. Du coup, en février dernier, en vue de la conférence du 1er juin au DZP, j'avais fait tout un dossier sur le mot moine que j'avais envoyé à Dominique Trotignon et donné à quelques autres personnes intéressées. Je vous en donne les grandes lignes, et à la fin je vous mets à télécharger les fichiers fabriqués à partir d'extraits trouvés sur le net, ou entièrement récupérés sur internet.

                                                                              Christiane Marmèche

Deux remarques :
   1) Le terme monos ne signifie pas seulement "seul", il signifie aussi "un" et "unifié" et cela se transporte sur le mot grec monachos (prononcer monakhos)qui est à l'origine du mot moine. Et c'est quelque chose qui est parfois repris aujourd'hui par des moines zen : « Qu'entendons-nous par monastère ou centre zen ? Le mot monastère fait penser aux moines, à l'ascèse d'une vie religieuse. Et dès l'instant où nous posons l'idée de moine, nous opposons l'idée de laïc, de vie sociale. Mais les mots moine, monastère ont pour origine le mot grec "monachos" qui signifie "un, unifié". Un moine est un être qui aspire à l'unification parfaite du corps et de l’esprit, et cela, indépendamment de ses conditions extérieures de vie ! Le moine, la nonne sont des êtres simples. Mais rien n'est plus difficile que l'accès à la simplicité profonde. » (http://www.sunyatazenconseil.com/pages/e-gyo-ji/monastere-zen.html)
   2) Le mot "moine" ne désigne que rarement un homme qui se retire de la société pour vivre "seul". Quant au terme de "nonne" attribuée aux femmes "moines" dans le bouddhisme, il est pour moi complètement désuet en France : en christianisme on désigne plutôt ces femmes par le terme de "moniales".

 

Les religieux et religieuses aujourd'hui en France.

   Le mot moine évoque dans l'imaginaire français un homme vêtu d'une grande robe marron (ou blanche) avec un capuchon, qui vit dans un monastère retiré loin des villes, avec un grand domaine qu'il cultive avec d'autres (maison connaît la formule : "L'habit ne fait pas le moine"). Cela n'évoque pas du tout un homme "solitaire" qui vit retiré loin de tous.

   Aujourd'hui on appelle globalement du terme de "religieux" ou "religieuses" les hommes et les femmes qui se consacrent totalement à Dieu par des voeux qui rentrent dans un certain cadre officiel, on emploie souvent ce terme pour les distinguer du "clergé" et des "laïcs". Je pense qu'on peut distinguer aujourd'hui principalement trois termes :
– Les moines et moniales au sens strict : Bénédictins, Trappistes, Camaldules, Cisterciens...
– Les "frères" ou "sœurs" des communautés qui sont plus directement en rapport avec le monde comme par exemple les Dominicains ou les Franciscains (eux ne s'appellent ni moines ni moniales) ;
– les ermites qui sont souvent des moines (bénédictins ou autres) qui ont choisi de vivre essentiellement dans la solitude, soit retirés dans un endroit relativement désert, soit retirés dans une petite maison au fond d'un parc appartenant à d'autres religieux. Voici deux exemples. De nombreuses personnes ont connu le Père Déchanet (1906-1992), bénédictin qui pratiquait le yoga : il a vécu longtemps comme ermite dans un ermitage du Valjouffrey avec l'autorisation de ses supérieurs. Aujourd'hui le frère Réginald Stoffel vit en ermite au fond d'un parc à Versailles et pratique la méditation zen. Ces ermites ne sont d'ailleurs pas coupés du monde : par exemple le Père Déchanet recevait chaque été de nombreuses personnes, Réginald Stoffel anime un groupe de zazen.

   Par ailleurs certains moines, frères ou ermites sont prêtres et pour cela on peut les appeler "pères".

 

   Deux films ont récemment mis en scène des moines dont on voit bien qu'ils ne sont pas solitaires :
   – "Le grand silence" un film de 2006 qui montre la vie des moines dans un monastère chartreux, une vie très retirée ; on peut en voir un extrait là : http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/le-grand-silence-124190
   – "Des hommes et des dieux" Un monastère perché dans les montagnes du Maghreb, dans les années 1990. Huit moines chrétiens français vivent en harmonie avec leurs frères musulmans. Ce film s’inspire librement de la vie des Moines Cisterciens de Tibhirine en Algérie de 1993 jusqu’à leur enlèvement en 1996.

 

L'origine du mot moine.

Le mot moine français :
– Le mot français moine a pour origine le vieux français munie ou monie (on le trouve dans la chanson de Roland à la fin du XIe siècle),
munie (ou monie) est tiré du latin ecclésiastique monachus (latin populaire monicus).
– Le latin monachus vient du grec monachos (prononcer monakhos).

 Quelques éléments d'histoire du mot monachos :
– Chez Platon, chez Aristote, dans la langue courante jusqu'à l'époque impériale, comme plus tard encore chez Plotin, monachos et surtout les adverbes correspondants … indiquent quelque chose qui est unique, qui se fait d'une seule manière, qui se trouve en un seul lieu, qui existe en un seul exemplaire.
– Monachos
n'est pas une seule fois dans la Septante ( traduction grecque de l'Ancien Testament réalisée vers 270 avant JC) ni dans le Nouveau Testament.
– Monachos
se trouve pour la 1ère fois dans la littérature chrétienne dans les années 150 : dans trois logia (paroles) de Jésus de l'évangile de Thomas.
Monachos est utilisé au IIe siècle par des traducteurs grecs de l'Ancien Testament pour traduire le mot yahid, mais ce mot est aussi traduit par d'autres mots grecs. En particulier la Septante, dans le verset 7 du psaume 68, traduit le pluriel de yahid par le mot monotropous qui désigne "ceux qui n'ont qu'une seule direction".
– Le monachisme, né surtout en milieu grec fin du IIIe siècle, début du IVe siècle après les persécutions, a utilisé très tôt le mot monachos, "moine" pour désigner l'ascète qui vit seul, à l'écart du monde, même si parfois ces solitaires se regroupent en petites communautés. Saint Antoine (251-356) est considéré comme le père de tous les moines chrétiens. Par contre, les trois premières règles monastiques cénobitiques (de vie en communauté), celles de Pacôme (292-346) qui écrit en copte, Basile, Augustin, refusent ce mot : le cénobite vit avec d'autres, il n'est pas seul, il n'est pas solitaire, il n'est pas moine. Mais le mot monastère désigne déjà leur maison. Basile qui est un anti-ermite farouche, va même jusqu'à dire dans sa règle : "L'homme n'est pas un animal monastique". Dans aucune de ces règles on ne trouve le mot : "moine", mais on parle de "frères". Ce n'est que par la suite que le mot "moine" a désigné le cénobite, en particulier c'est Jérôme qui aurait traduit en latin la règle de Pacôme vers 404 en traduisant le terme de "frère" par "monachus". Le monachisme féminin a suivi de peu le monachisme masculin puisque Marie, sœur de Pacôme fonde une communauté en 340.

 

   Voici plusieurs fichiers téléchargeables : 
   - le fichier 1 est composé d'extraits divers sur l'origine du mot moine (par exemple comment on passe de monachus à moine), sur l'histoire du monachisme, sur ce qui se dit aujourd'hui.
  - deux fichiers pdf (2a et 2 b) de type universitaires partent du fait que la 1ère occurrence du mot monachos dans un écrit chrétien, se trouve dans l'évangile de Thomas : le fichier "2a Puesch" évoque un séminaire à l'École Pratique des Hautes Études sur le mot monachos dans l'évangile de Thomas ; le fichier "2b M Harl" est un article (le mot monachos n'est vraiment étudié qu'à partir de la p.466). Ce qui se dégage c'est que le mot monachos au IIe siècle a surtout un sens d'unité, de non-dualité, d'unification. À noter que Marguerite Harl remonte jusqu'au mot hébreu yaḥid (prononcer yarid) qui est traduit parfois par monachos au IIe siècle (Psaumes et autres), et qu'elle donne en passant une interprétation faite par Neher : pour lui yaḥid est un membre de la communauté (yaḥad) ;
    - le fichier 3 reprend un peu les analyses des fichiers universitaires : autour du monachos grec, et aussi du yaḥid hébreu.

Fichier 1 : 1_histoire__du_monachisme_et_du_moine

Fichier 2a : 2a_Puesch__monachos_dans_l_evangile_de_Thomas

Fichier 2b : 2b_M_Harl_sens_du_mot_monakhos_au_IIe_siecle

Fichier 3 : 3_yahid_origine_de_monachos

 

Je signale aussi deux livres qui ne parlent qu'indirectement du mot moine mais complètent la réflexion :
- Le désert intérieur de Marie-Madeleine DAVY (coll. spiritualités vivante, Albin-Michel 1985). Il faut voir que Marie-Madeleine Davy ici parle de son choix personnel : « J’ai épousé la solitude comme d’autres prennent un compagnon de route. », mais que pour autant elle a mené une vie publique très intense. À plusieurs endroits elle se réfère à diverses études sur le monachisme chrétien. Elle parle de solitude, d'unité par rapport à une multiplicité, d'esseulement… mais aussi de noces. (Vous avez un extrait sur http://www.spiritualite-vivante.net/prose/davy.htm. La vie de MM Davy est détaillée sur http://www.europsy.org/pmmdavy/davymm.html voir aussi le fichier pdf : Marie-Madeleine Davy ou le désert intérieur - D'Orient et d'Occident  MARIE MADELEINE. DAVY. Ou le désert intérieur (Conférence prononcée à Toulouse, le 15 décembre. 2003, à l'occasion du Centième anniversaire de la naissance de M-M Davy)
 - De la très haute pauvreté, règles et forme de vie du philosophe Agamben, livre publié en 2011. Je n'ai pas encore lu ce livre-là d'Agamben mais j'en ai lu d'autres, en général il travaille beaucoup sur les mots et leurs origines. Deux articles sur ce livre : Agamben et la très haute pauvreté franciscaine : “le droit de n’avoir aucun droit”  et Agamben : De la très haute pauvreté, règles et forme de vie
    Extrait : «  Les deux premiers chapitres avaient eu comme intérêt de rappeler au lecteur que la vie monastique n’est pas un dispositif légal (application d’un principe général à un principe particulier) mais un ensemble de règles en vue de l’exercice d’un art (adaptation de la règle à la vie choisie). Ainsi était démontré que la vie monastique ne voulait pas être soumise à un droit fut-il interne au droit ecclésiastique. Le moine est « Homo Sacer » parce que sa vie n’est pas régie par une règle mais par un autre tiers, la liturgie, qui ordonne par rapport à elle, la vie et la règle. C’est la raison pour laquelle la vie monastique à l’origine n’est pas constituée par les trois vœux devenus désormais classiques mais par le propos de conversion selon la règle pour que la vie devienne une entière liturgie. »

 

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Commentaires
R
La pertinence de vos deux remarques initiales est un bienfait. Il est parfois difficile de faire entendre le caractère trompeur de liens établis entre visée ou quête spirituelle et mode de vie. Beaucoup d'hommes et de femmes éprouvent des difficultés à trouver leur voie, en partie à cause d'approximations réductrices ayant des effets similaires au suicide quantique pour la conscience.
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