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Ateliers d'étude du Shôbôgenzô avec Yoko Orimo
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Ateliers d'étude du Shôbôgenzô avec Yoko Orimo
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18 décembre 2012

Udonge traduction

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LA FLEUR D'UDUMBARA

 

Udonge

 

優曇華

INTRODUCTION

Le mot Udonge qui fait le titre original en japonais du présent texte est une transcription phonétique sino-japonaise du mot sanscrit udumbara, une sorte de figuier sauvage qui a pour nom scientifique Ficus glomerata. Selon la légende, la fleur d’udumbara éclôt une fois tous les trois mille ans, et désigne métaphoriquement la manifestation des éveillés, événement rarissime dans ce monde terrestre.

 

La fleur d’Udumbara s’ouvre d’emblée par la fameuse scène fondatrice de la Voie de l’Éveillé dans laquelle l’Éveillé-Shâkyamuni, triturant une fleur d’Udumbara, transmet la vraie Loi, Trésor de l’Œil à Kâçyapa. Le passage est tiré du Sûtra de la délibération dialogique du grand roi Brahman avec l’Éveillé1, chapitre « La trituration d’une fleur ».

 

Rappelons que le même passage dans son entier figure également au début du 51ème  texte de l’Ancienne édition : La transmission de face à face, ainsi qu’au milieu des textes n° 44 : La Voie de l’Éveillé et n° 45 : La parole secrète. En effet, tout au long du Shôbôgenzô, là où est en question la transmission de la Voie de l’Éveillé, la fleur d’Udumbara revient souvent ave le thème de la trituration2. Voici deux exemples parmi d’autres : « Ou bien », dit Dôgen, « en relevant une fleur d’Udumbara, on prodigue l’annonciation, ou bien, en triturant une robe de brocart dorée, on prodigue l’annonciation.3 » « C’est au sein de la vraie Loi, Trésor de l’Œil  qu’on triture une fleur d’Udumbara ; c’est au sein d’une fleur d’Udumbara qu’existent cent mille Kâçyapa qui sourient, le visage éclos.4 »

 

Comme nous l’avons mentionné plus haut, la fleur d’Udumbara est une métaphore d’événement rarissime dans ce monde terrestre. Le verset implicitement cité au milieu du présent texte : « C’est comme la fleur d’Udumbara, qui fait les délices de tous » s’inscrit également dans ce contexte. Le verset est tiré du Sûtra du Lotus, chapitre II : « Les expédients salvifiques » ; l’Éveillé-Shâkyamuni révèle à Shâriputra, son premier disciple par la sagesse, combien sa sublime Loi est difficile à rencontrer et qu’elle ne peut être compréhensible que pour les éveillés. Voici le passage en question : « Les éveillés surgissent dans le monde à de longs intervalles, les rencontrer est difficile ; quand bien même ils sont au monde, il leur est encore difficile d’exposer cette Loi. En d’innombrables et incalculables âges cosmiques, entendre cette Loi est aussi difficile ; quelqu’un capable d’écouter cette Loi, de tels gens aussi sont difficiles à trouver. C’est comme la fleur d’Udumbara, qui fait les délices de tous. » Dôgen dira de même dans de nombreux passages du Shôbôgenzô : « La Loi de l’Éveillé est comme la fleur d’Udumbara ; elle est difficile à rencontrer.5 » Ou bien, en admirant le merveilleux « dialogue » d’un ermite avec maître Seppô, « dialogue » qui se déroula tout en silence, il s’exclame :  « En vérité, les relations circonstancielles de cette histoire sont vraiment comme l’apparition d’une fleur d’Udumbara ! Elles sont non seulement difficiles à rencontrer, mais aussi à entendre. » Ou bien, en se réjouissant de la venue deBodhidharma de l’ouest (l’Inde), Dôgen dit : « L’apparition d’une fleur d’Udumbara devrait être aisée, on pourrait attendre celle-ci en calculant et comptant les années et les mois. Mais la venue du premier patriarche de l’Ouest ne se reproduirait jamais !6 »

 

Chose étonnante, c’est que Dôgen identifie cette merveilleuse fleur d’Udumbara, fleur imaginaire et rarissime, à la fleur de prunier, une petite fleur blanche, rose ou rouge, bien discrète qui éclot au début du printemps, fleur très aimée en Extrême-Orient7. « Les fleurs de prunier écloses », dit-il, « au sein de la neige ne sont autres que l’apparition d’une fleur d’Udumbara.8 » Ou bien, en commentant le rêve qu’il fit lors de son séjour en Chine – dans ce rêve, il reçoit une branche de prunier fleurie de la main de maître Daibai Hôjô9, Dôgen s’exclame : « Comment ces fleurs de prunier ne seraient-elles pas une fleur d’Udumbara ? Et le milieu du rêve et le milieu de l’éveil devraient être également la réalité !10 »

 

Le présent texte se termine ainsi, avec deux poèmes de maître Nyojô consacrés aux fleurs de prunier écloses au sein de la neige.

 

La fleur d’Udumbara fut exposé le 12 du deuxième mois de la deuxième année de l’ère Kangen (1244) au temple Yoshimine-shôran, soit deux jours avant l’exposé du Déploiement du cœur de l’Éveil. Il est classé, juste après celui-ci, 64ème  texte de l’Ancienne édition.

 

Notes de l'introduction.

1. [Daibonten.nô monbutsu ketsugi kyô], Manji zôkyô, livre I, 87, 4. Il s’agit d’un apocryphe qui aurait été composé en Chine à une époque postérieure à 1004, l’année de la parution du Recueil de la transmission de la lampe de l’ère Keitoku [Keitoku dentôroku]. Il existe deux versions différentes : l’une en un livre et l’autre en deux livres.

2. Annonciation [Juki], texte n° 21 de l’Ancienne édition.

3. Les trente-sept préceptes auxiliaires de l’Éveil [Sanjûshichibon bodaibunpô], texte n° 60 de l’Ancienne édition.

4. La vertu acquise de quitter la maison et de se faire moine [Shukke kudoku], texte n° 1 de la Nouvelle édition.

5. Parole obtenue [Dôtoku], texte n° 33 de l’Ancienne édition.

6. La pratique maintenue [Gyôji], texte n° 16 de l’Ancienne édition.

7. Le bouddhisme né en Inde, puis transmis, entre autres, dans les pays extrême-orientaux, subit en écriture un déplacement lexical fort intéressant, surtout concernant la flore et la faune. Dans le Shôbôgenzô, les fleurs de lotus n’occupent qu’une place marginale (voir les textes n° 6 et n° 14 de l’Ancienne édition, par exemple), alors que reviennent massivement et à maintes reprises les fleurs de cerisier – appelées tout court hana (fleur) selon la coutume de l’époque –, fleurs de prunier, de pêcher, le chrysanthème, puis le pin et le bambou. De même, au niveau de la faune, les oiseaux et les poissons prennent la première place (voir, entre autres, les textes n° 1, 12, 16, 17, 29, 43 et 46 de l’Ancienne édition ainsi que le texte supplémentaire n° 5), alors que l’éléphant disparaît complètement et que le bœuf ne joue qu’un rôle épisodique.

8. Fleurs de prunier [Baika], texte n° 53 de l’Ancienne édition.

9. Daibai Hôjô (752-839), disciple de Baso Dôichi. Dôgen relate la vie de ce maître avec admiration dans La pratique maintenue [Gyôji], texte n° 16 de l’Ancienne édition.

10. Ce rêve est relaté dans Actes généalogiques [Shisho], texte n° 39 de l’Ancienne édition.

 

 

TEXTE

« À ce moment-là, assis au milieu d’un million de fidèles rassemblés sur le mont du Pic du Vautour dans le pays de l’Ouest, l’Éveillé-Shâkyamuni tritura[1] une fleur d’Udumbara et cligna l’Œil. À ce moment-là, l’honorable Kâçyapa lui adressa un sourire. L’Éveillé-Shâkyamuni dit alors : J’ai en moi la vraie Loi, Trésor de l’Œil – le cœur sublime du Nirvâna. Je transmets ceux-ci à Kâçyapa.”[2]  »

 

Les sept éveillés du passé et tous les éveillés sont également venus au monde en triturant une fleur. Ils ont pratiqué, attesté et réalisé comme présence cette trituration d’une fleur dans leur montée[3]. Ils ont broyé et dévoilé cette trituration d’une fleur dans leur descente tout droit. S’il en est ainsi, la montée et la descente au sein même de la trituration d’une fleur, le moi et l’autre, l’endroit et l’envers, etc. sont la totalité des fleurs qui se triturent. À la mesure d’une fleur la mesure de l’Éveillé, à la mesure du cœur la mesure du corps. D’innombrables triturations d’une fleur ont également été transmises de génération en génération. Ce qui demeure est l’être-là[4] de la transmission. La trituration d’une fleur qui a fait advenir le Vénéré du monde n’a jamais été relâchée. C’est à ce moment-là que le Vénéré du monde venu par la trituration d’une fleur succède au Vénéré du monde. Comme le temps de la trituration d’une fleur recouvre la totalité des temps, celui-là progresse ensemble avec le Vénéré du monde, et triture avec lui la même fleur.

 

Ce qui est appelé la trituration d’une fleur n’est autre que la Fleur[5] qui triture les fleurs : fleur de prunier, fleur de printemps, fleur de neige, fleur de lotus, etc. Les cinq pétales de la fleur de prunier désignent plus de trois cent soixante assemblées de fidèles[6] ; ils désignent les cinq mille quarante-huit tomes des écritures saintes[7], ils désignent les douze catégories des enseignements des trois véhicules[8] ainsi que les trois sages et les dix saints[9]. C’est pourquoi les trois sages et les dix saints ne sauraient les atteindre[10]. Il y a et le grand Canon bouddhique et les histoires merveilleuses[11], voilà ce qui est dit : « Une fleur éclôt et le monde se lève.[12] »

 

« Une fleur éclôt à cinq pétales, et le fruit se réalise naturellement.[13]», cela veut dire que la totalité du corps n’est autre que celle qui porte déjà en elle-même la totalité du corps[14]. Perdre la prunelle des yeux en regardant les fleurs de prunier[15], perdre les oreilles en entendant le bruit d’un bambou vert qui claque[16] ; tel est ce Présent de la trituration d’une fleur ! Obtenir la moelle du maître en le vénérant, les hanches enfoncées dans la neige et le bras coupé[17], telle est la fleur qui s’ouvre d’elle-même ! Recevoir la robe de l’Éveillé en décortiquant du riz dans la nuit[18], telle est la fleur qui triture déjà elle-même ! Tout cela est la vie qui prend racine dans la paume de la main du Vénéré du monde.

 

En général, la trituration d’une fleur existe avant, en même temps et après la réalisation de la Voie du Vénéré du monde. Voila pourquoi la fleur réalise la Voie ! La trituration d’une fleur transcende et surpasse largement tous ces moments favorables. Le déploiement du cœur de l’Éveil chez les éveillés et les patriarches, leur recherche de la Voie, leurs pratique et attestation ainsi que le maintien de celles-ci sont tous la trituration d’une fleur qui caresse le vent du printemps[19] comme un papillon.

 

S’il en est ainsi, comme le Vénéré du monde Gotama pénètre en ce moment dans une fleur et cache son corps dans la Vacuité, prenez ses narines, et voilà que vous avez pris le méta-espace ! C’est ce qu’on appelle la trituration d’une fleur. C’est avec l’Œil, avec le cœur et la conscience[20] qu’on triture la fleur. C’est avec les narines et avec la fleur triturant la fleur qu’on triture la fleur. En un mot, ces montagnes et ces rivières, le ciel et la terre, le soleil, la lune, le vent et la pluie, les hommes, les animaux et les plantes de toutes sortes, chacun d’eux n’est autre qu’une fleur d’Udumbara triturée. Naissances et morts, le passer et le venir[21] sont aussi les diverses couleurs de la fleur, la claire Lumière de la fleur. Cette étude que nous poursuivons aujourd’hui est un avènement de la trituration d’une fleur.

 

L’Éveillé dit : « C’est comme la fleur d’Udumbara, qui fait les délices de tous les êtres.[22] » Ceux qui sont appelés tous lesêtres sont les éveillés et les patriarches qui manifestent leurcorps et qui cachent leur corps. C’est l’être-là de la claireLumière qui demeure de lui-même dans les herbes, les arbreset les insectes. « Qui fait les délices de tous les êtres » veutdire qu’à ce juste moment se vivifient la peau, la chair, les oset la moelle de chaque être. S’il en est ainsi, tous les êtres nesont autres que la fleur d’Udumbara, et c’est pourquoi il est ditqu’elle est rare.

 

Cligner l’Œil désigne le moment où l’Éveillé-Shâkyamuni, assis sous un arbre, changea son œil pour l’étoile du matin. C’est à ce moment-là que l’honorable Kâçyapa lui adressa un sourire. Son visage fut aussitôt transformé et changé par le visage de la trituration d’une fleur. Au moment où l’Ainsi-Venu cligne l’Œil, nos yeux se perdent aussitôt. Ce clignement de l’OEil de l’Ainsi-Venu n’est autre que la trituration d’une fleur. C’est le cœur de la fleur d’Udumbara qui s’ouvre de lui-même. À ce-juste-moment-tel-quel de la trituration d’une fleur, tous les Gotama, tous les Kâçyapa, tous les êtres et nous tous tendons ensemble la main, et triturons ensemble une fleur, et cela n’a jamais cessé jusqu’à présent. Comme il y a encore la concentration de soi qui cache son corps dans la paume de la main, on appelle (ce corps) les quatre éléments et les cinq agrégats.

 

« J’ai en moi.[23]» veut dire que « je transmets », et « je transmets » veut dire que « j’ai en moi ». « Je transmets » est toujours entravé par « j’ai en en moi ». « J’ai en moi » désigne lecrâne. En étudiant ce « j’ai en moi », on prend le crâne pourmesure. Lorsque en le triturant, on change « j’ai en moi » pour« je transmets », on maintient la vraie Loi, Trésor de l’Œil.

 

La venue du patriarche Bodhidharma du pays de l’ouest n’est autre que l’avènement de la trituration d’une fleur. C’est le jeu de l’esprit et du souffle vital[24] qu’on appelle la trituration d’une fleur. Le jeu de l’esprit et du souffle vital veut dire être assis tout simplement et se dépouiller du corps et du cœur. Faire de soi un éveillé et un patriarche, porter la robe de l’Éveillé et prendre le repas, voilà ce qu’on appelle le jeu de l’esprit et du souffle vital ! En un mot, l’affaire ultime chez les éveillés et les patriarches est toujours le jeu de l’esprit et du souffle vital. (La maison des moines) est regardée par la salle de l’Éveillé[25] face à face, et (la salle de l’Éveillé) voit face à face la maison des moines. Les fleurs sont revêtues de plus en plus de couleurs, et les couleurs prennent de plus en plus de lumière ! C’est alors que la maison des moines prend la timbale pour la battre au milieu des nuages, et la salle de l’Éveillé approche les lèvres de la flûte de bambou pour en jouer au fond de l’eau[26]. À ce moment-là, elles provoquent par erreur la mélodie des fleurs de prunier[27].

 

Mon ancien maître et ancien éveillé dit :

 

« Au moment où Gautama perd la prunelle de son œil,
    Au sein de la neige, une seule branche de prunier en fleur.
    Dans ce Présent, où prolifèrent un peu partout les épines,
     En retour rient-elles du vent du printemps qui les entrelace si fort
.[28] »

 

Maintenant, l’Œil de l’Ainsi-Venu s’est transformé par erreur en fleurs de prunier. Les fleurs de prunier forment à présent plein d’épines. L’Ainsi-Venu se cache dans l’Œil, et l’œil se cache dans les fleurs de prunier. Les fleurs de prunier se cachent dans les épines. En retour, les épines soufflent maintenant le vent du printemps. Et bien que ce soit ainsi, elles goûtent avec allégresse la mélodie des fleurs de prunier.

 

Mon ancien maître et ancien éveillé Tendô dit :

 

« Là où regarde Rei.un[29], éclosent les fleurs de pêcher,
     Là où regarde Tendô, tombent les fleurs de pêcher
.[30] »

 

Sachez-le, les fleurs de pêcher éclosent dans le regard de Rei.un. Nul n’a plus l’ombre d’un doute, parvenu directement à ce présent tel quel. Les fleurs de pêcher tombent dans le regard de Tendô. L’éclosion des pêchers est provoquée par le vent du printemps, et la chute des fleurs de pêcher est haïe par le vent du printemps. Même si le vent du printemps hait profondément les fleurs de pêchers, voilà qu’elles tombent, et se dépouillent du corps et du cœur !

 

La fleur d’Udumbara [Udonge]

 

Texte n° 64 de La vraie Loi, Trésor de l’Œil [Shôbôgenzô]

 

 

 

Exposé le 12 du deuxième mois de la deuxième année

 

de l’ère Kangen (1244) au temple Yoshimine-dera.

 

 

 

Transcrit le 6 du deuxième mois de la troisième année de l’ère Shôwa (1315).



[1] Le caractère nen (triturer), qui a pour clé la « main », peut être traduit également « tortiller, broyer, pétrir », etc. Outre le terme nenge (triturer une fleur ou la trituration d’une fleur), il existe de nombreux termes bouddhiques en langue sino-japonaise composés avec ce caractère nen : nenko (triturer les mots des anciens), nenko (triturer et relever), nenkô (triturer de l’encens, synonyme du shôkô : offrande d’encens), nengo (triturer les paroles), nentei/nenpyô (triturer les commentaires), nentoku (triturer et faire sien), nenrai (triturer et faire advenir), nenrô (triturer et jouer – surtout le kôan), etc. Vers la fin du présent texte, Dôgen dira : « C’est le jeu de l’esprit et du souffle vital qu’on appelle la trituration d’une fleur. » En effet, comme si l’Éveillé-Shâkyamuni broyait la fleur d’Udumbara, les pratiquants du zen se dépouillent du corps et du cœur pour qu’apparaisse la graine de l’Éveillé, graine qui demeure depuis l’origine dans le cœur de tous les êtres de l’univers.

[2] Le Sûtra de la délibération dialogique du grand roi Brahman avec l’Éveillé [Daibonten.nô monbutsu ketsugi kyô], Manji zôkyô, livre 1,87-4, chapitre « La trituration d’une fleur » [Nengebon].

[3] Nous avons traduit ici le terme original kôjô : (leur) « montée » ; celui-ci forme un couple antonymique avec (leur) « descente » tout droit – vers ce monde terrestre. Précisons néanmoins que la montée en question ne désigne pas un simple avancement vers le haut ou une progression, mais une montée vers l’état absolu de l’Éveil où sont abolies toute opposition et toutes pensées discriminantes. Cette montée consiste donc à aller au-delà de tout ce qui a précédé, et implique le changement de niveau par rapport à l’étape précédente. D’où la traduction du terme kôjô proposée par certains spécialistes : le « non-attachement ». Cf. Glossaire.

[4] Dans le texte original, le terme fuzoku (la transmission) est suivi de deux caractères : (il y a, (l’) être là) et le zai (demeurer) : fuzoku-yûzai, littéralement traduit : « Il y a la transmission qui demeure » ou « La transmission est là, et demeure ».

[5] Dôgen emploie ici deux variantes graphiques du même caractère pour désigner la fleur : Fleur [ke/hana] et fleur [ke/hana]. Bien entendu, dans l’usage ordinaire, celles-ci ne marquent aucune différence sémantique.

[6] Il s’agit des assemblées que l’Éveillé-Shâkyamuni convoqua durant sa vie terrestre. Le chiffre 360, parfois le chiffre 300, veut dire tout simplement « nombreux ». Cf. Recueil de la falaise verte [Hekiganroku (Biyan lu)], T. 48, n° 2003, article 6.

[7] Il s’agit des écritures saintes telles qu’elles sont recueillies dans le Catalogue du Canon des T’ang, établi par Tche-cheng en 730 ap. J.-C. : Catalogue bouddhique de l’ère K’ai-yuan [Kaigen shakkyô roku (K’ai-yuan che-kiao moulou)]. Cf. I.C. §2103, 2154, 2160.

[8] Les trois véhicules [sanjô, skr. tri-yâna] désignent les « auditeurs » [shômon, skr. çrâvaka], les « éveillés pour soi » [engaku, skr. pratyekabuddha] et les « êtres d’Éveil » [bosatsu, skr. bodhisattva]. Les douze catégories des enseignements [jûni bun kyô] sont : (1) les sûtras, (2) les écritures saintes en vers skr. geya), (3) l’annonciation skr. vyâkarana), (4) les stances skr. gâthâ), (5) les monologues de l’Éveillé skr. udâna), (6) les relations circonstancielles skr. nidâna), (7) les paraboles skr. avadâna), (8) les hagiographies skr. itivrttaka), (9) l’histoire des vies antérieures de l’Éveillé-Shâkyamuni skr. jâtaka), (10) les sûtras du Grand Véhicule skr. vaipulya), (11) les miracles skr. adbhuta-dharma) et (12) les traités skr. upadesha).

[9] S’agissant des cinquante-deux étapes qui constituent le chemin de la pratique de l’être d’Éveil, les trois sages [sangen] occupent de la 11 ème jusqu’à la 40 ème étape divisées par dix : « les dix demeures » [jûjû] (de la 11 ème à la 20 ème étape), « les dix pratiques » [jûgyô] (de la 21ème à la 30ème) et « les dix conversions » [jû.ekô] (de la 31ème  à la 40ème). Les dix saints [jusshô] occupent de la 41ème jusqu’à la 50 ème étape : « les dix terres » [jûji].

[10] La totalité telle que la représentent les cinq pétales de la fleur de prunier doit se situer à un autre niveau que chacune des étapes des trois sages et des dix saints.

[11] Le terme kidoku, composé de deux caractères : ki (rare, mystérieux, étrange) et le toku/doku (spécial, unique), peut être traduit aussi par les « miracles ».

[12] Une célèbre stance du vénérable Han.nyatara (skr. Prajnâtâra), le 27e patriarche indien, que Dôgen cite à maintes reprises. Voir le texte n° 6 de l’Ancienne édition : La manière digne des éveillés en pratique [Gyôbutsu igi], le texte n° 14 : Fleurs de la Vacuité [Kûge], le texte n° 29 : Montagnes et rivières comme sûtra [Sansui kyô], le texte n° 53 : Fleurs de prunier [Baika] et le texte n° 57 : Pérégrinations [Henzan].

[13] Célèbre stance du 28e patriarche indien et premier patriarche chinois Bodhidharma. Comme Dôgen vient de le commenter dans le paragraphe précédent, les cinq pétales d’une seule fleur désignent métaphoriquement la totalité des êtres et des choses de ce monde qui s’imbriquent étroitement les uns aux autres comme les pétales de fleur ou l’entrelacement des lianes.

[14] Évocation du quatrain de maître Nyojô (Rujing) intitulé : La clochette. Le voici : « Le corps entier est, avec la bouche, accroché au méta-espace./ Il ne demande pas si le vent souffle de l’est, de l’ouest, du sud ou du nord./ En toute égalité, il énonce des propos de la Sagesse au profit des autres,/ Tout comme une clochette qui tinte à chaque souffle du vent. » La clochette est bien entendu la métaphore de la totalité du corps qui résonne à tous les existants de l’univers en mouvement. Le commentaire de ce quatrain dans son intégralité figure dans le texte n° 2 de l’Ancienne édition : L’accomplissement de la grande Sagesse [Makahan.nya haramitsu].

[15] Évocation d’une anecdote de Rei.un Shikin (Lingyun Zhiqin). Voir La voix des vallées, les formes-couleurs des montagnes [Keisei sanshoku].

[16] Évocation d’une anecdote de Kyôgen Shikan (Xiangyan Zhixian). Voir La voix des vallées, les formes-couleurs des montagnes [Keisei sanshoku].

[17] Évocation d’une anecdote du deuxième patriarche Jinkô Eka (Shenguang Huike). Voir La voix des vallées, les formes-couleurs des montagnes [Keisei sanshoku].

[18] Évocation d’une anecdote du sixième patriarche Daikan Enô (Dajian Huineng, 638-713). C’est dans la nuit au mont des Pruniers jaunes [Ôbaisan (Huangmeishan)] que le cinquième patriarche Daiman Kônin (Daman Hongren) transmit la robe à Enô assigné alors aux cuisines du monastère où il décortiquait du riz. Dôgen relate avec admiration la vie d’Enô dans le texte n° 16 de l’Ancienne édition : La pratique maintenue [Gyôji]. Cf. Recueil de la transmission de l’ère Keitoku [Keitoku dentô roku (Jingde chuandeng lu)], T. 51, n° 2076, livre 5 ; Textes choisis des lampes de l’école [Shûmon rentô eyô (Zongmen liandent huiyao)], Zokuzô, tome II, Otsu 9, 3-5, livre 4.

[19] Le vent du printemps reviendra avec force dans les deux poèmes de maître Nyojô (Rujing) cités à la finale.

[20] Le cœur [shin, skr. citta] et la conscience [shiki, skr. vijnâna]. Cette dernière désigne la fonction cognitive basée sur les cinq sens plus le sixième sens qui est le mental [i, skr. manas].

[21] Les naissances et les morts et le passer et le venir sont les deux aspects différents que prend le temps linéaire qui paraît s’écouler dans ce monde phénoménal. S’il est vu du côté des existants, il se représente comme les naissances et les morts, et s’il est vu du côté de l’environnement, il se représente comme le passer et le venir.

[22] Le Sûtra du Lotus, chapitre II : « Les expédients salvifiques ». Voir Introduction.

[23] La proposition en chinois ga.u (j’ai en moi) est composée de deux caractères : ga (je, le moi) et u (il y a, (l’)être-là, avoir). On peut aussi la traduire : « il y a en moi ».

[24] Le mot seikon, que nous avons traduit par le « souffle vital », est composé de deux caractères : sei (l’esprit, l’essence, l’éther) et kon (l’anima).

[25] La salle de l’Éveillé [butsuden], littéralement traduit : le « palais de l’Éveillé », désigne la partie centrale du temple où est placée la statue de l’Éveillé.

[26] La timbale évoque le coup de gong qui annonce l’heure du repas dans le monastère zen. Notons la stance qui figure dans le Recueil de la transmission de la lampe de l’ère Keitoku, livre 30, chapitre « Unchô Tokufu » : « L’homme de bois prend la timbale pour la battre au milieu des nuages, et la femme de pierre approche les lèvres de la flûte de bambou pour en jouer au fond de l’eau ». Dôgen aura probablement pris pour modèle cette stance d’« Unchô », tout en remplaçant « l’homme de bois » par « la maison des moines », et « la femme de pierre » par « la salle de l’Éveillé ».

[27] Dans les manuscrits conservés aux temples Shôbî-ji et Gyoku.unji ainsi que dans le manuscrit du Shôbôgenzô-shô figure le mot « pêcher » à la place du « prunier ».

[28]Recueil des mots de maître Nyôjô [Nyojô oshô goroku (Rujing Guanglu)], T. 48, n° 2002, livre 1.

[29] Rei.un Shikin (Lingyun Zhiqin), successeur d’Isan Reiyû (Weishan Lingyou). Ses dates de naissance et de mort restent inconnues.

[30] Ibid., livre 2.

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