Voici un témoignage de Patrick Michel, un participant régulier aux ateliers détudes du Shôbôgenzô.

En peu de mots, c'est l'harmonie entre la pratique de zazen et celle du iaido qu'il décrit ici.

Ses mots simples et directs me touchent.

Vos réactions sont les bienvenues.

Patrick Ferrieux

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(cliquez sur le lien pour une version pdf incluant les photographies)

Le Iaïtô, sabre d'entraînement

 

L'enchevêtrement de deux voies,

mon expérience mêlée du Zen et du Iaido.

 

Seul en présence d'un, deux, trois ou quatre adversaires... imaginaires donc résolument seul comme on peut l'être sur le zafu au sein de la multitude, la posture doit être juste et l'esprit ne pas bouger. 

 

                                   "L'ombre des bambous balaie les marches

                                               Mais nulle poussière n'est soulevée

                                   Le clair de lune pénètre profondément la mare

                                               Mais l'eau n'en garde nulle trace."

 

On trouve dans IAIDÔ la notion d’être (I de IRU) et d'union, d'harmonie (AI) et la voie (DÔ) ; la voie de l'union de soi avec ce qui environne, la voie de l'harmonie de son esprit avec celui de l'adversaire, la voie de l'adaptation à toutes les situations.

Art martial défensif, le Iaidô consiste à dégainer et trancher d'un seul geste ; trancher la menace, mais aussi trancher l'ego et en définitif se pourfendre soi-même.

Dans l'exécution de kata aux scénarii précis dont les mouvements sont réglés avec rigueur, il appartient au iaidôka d'exécuter la "partition" selon son tempérament, pour y insuffler son rythme et sa dynamique. A la façon d'un musicien virtuose, il oublie la technique pour laisser s'exprimer sa sensibilité, sa nature profonde. 

Exercice de Iaïdô

                                      

Il y a cinq ans, assis en zeza, me concentrant pour l'exécution de Ukê-nagashi (3ème kata du seitei-iai) la conviction de devoir faire l'expérience de zazen m'est apparue.

Depuis lors, ces deux pratiques, de zazen et du iaidô, se sont tellement entremêlées qu'elles me semblent être l'expression d'une seule et même voie.

La concentration/observation de l’assise shikantaza (simplement assis sans rien faire), et celle qui fera jaillir le sabre et lui faire regagner son fourreau (puisque seul celui qui a vaincu peu rengainer), se conjuguent au quotidien en une disposition du cœur/esprit : zanshin (la vigilance).

Chemin faisant, j'ai eu le bonheur de rencontrer Gérard Chinrei Pilet, mon maître, et d'en recevoir l'ordination de bodhisattva cet été à la Gendronnière à l’issue de la sesshin qu’il dirigeait et qui avait pour thème… zanshin.

Je lui témoigne ici mon profond respect.

"En iaidô, la lame faite pour détruire finit par créer."

Patrick MICHEL

Le 28 décembre 2014

Tsuba, la garde du Iaïtô